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Notices bibliographiques

Grand' peur d'aimer (La)

Lagroua WEIL HALLE, 1961

Gonthier
1964. 200 p.

Préfacée par un violent pamphlet de Simone de Beauvoir contre l'obscurantisme qui interdit aux femmes les moyens d'une relation sexuelle débarrassée des horreurs de la maternité, et conduit à la fatalité de "cinq cent mille avortements*" annuels (p. 5), La grand' peur d'aimer a marqué une génération. Basé sur une cinquantaine de "témoignages", c'est ce livre notamment qui répandit la rumeur persistante selon laquelle les avortements clandestins étaient réalisés par des médecins catholiques sadiques se gardant bien d'anesthésier la femme "pour que cela lui ôte l'envie de recommencer" (p.14). Lagroua Weil-Hallé, directement encouragée par Margaret SANGER, y raconte sa découverte émerveillée des cliniques américaines de "Birth control" de la Fédération Américaine du Planning Familial, qu'elle imitera en s'investissant dans l'association "La maternité heureuse", née en 1958, et qui allait devenir le Mouvement Français pour le Planning Familial.
L'ouvrage est un monument exemplaire de l'utilisation dialectique de la casuistique. Le tourbillon des "témoignages" vise d'abord à amener le lecteur à penser que l'ancienne norme morale est hypocrite et inapplicable. Elle vise ensuite à lui montrer subtilement tout ce que l'apport de la contraception pourrait améliorer - sans omettre sur ce point d'affirmer, péremptoirement, qu'une contraception répandue permettrait de faire disparaître l'avortement. Elle le fait en insistant sans en avoir l'air sur des détails qui n'ont rien d'innocent - telle patiente qui demande une méthode contraceptive est catholique, telle autre a vu son foyer détruit par une naissance "non désirée"....
Tout ce qui fait aujourd'hui la substance de la pensée unique en matière de contraception et d'avortement est déjà là, dans une habile mise en scène de la détresse.
Une chose est certaine, 35 ans après la parution de l'ouvrage, aucun des espoirs fondés par Lagroua Weil Hallé (baisse du nombre d'avortements, amélioration de la vie conjugale, libération de l'amour) ne s'est concrétisé. La contraception apportera le bonheur à l'homme et à la femme, disait le Dr. Weill-Hallé en 1961. Et c'est encore aujourd'hui le discours officiel de tout un chacun. En 1961, on y croyait. En 1999, on fait semblant d'y croire.
Un petit livre qui traîne encore dans certaines bibliothèques et chez les bouquinistes (on ne se l'arrache plus !), prophétique de l'idéologie féministe de mai 68 qui devait aboutir aux changements de société que l'on connaît. La génération qui s'est nourrie de ce féminisme-là est désormais aux commandes de nos gouvernements, des instances internationales telles que l'ONU et de nombreuses ONGs très actives. Il n'est donc pas inutile d'en redécouvrir les sources d'inspiration. On ne peut combattre que ce que l'on a identifié.
A noter à la page 16 une reconnaissance très explicite du caractère tout à fait médicalisé des avortements clandestins dès les années 60, bien loin du mythique tableau de la “faiseuse d'anges” s’activant dans un taudis sordide sur une pauvre fillette étendue sur un matelas éventré...
*Et même "cinq cent à huit cent mille avortements en France par an" à la page 181.
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