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Norplant : Under her Skin

Women and Pharmaceuticals Project, and WEMOS, 1993

Eburon, Delft, Pays-Bas
126 p

Le «Projet Femmes et Substances Phar
maceutiques» a été lancé en 1985 par WEMOS, une ONG féministe néerlandaise impliquée dans des projets de santé et développement. Son objectif est de rationaliser l’utilisation de substances pharmaceutiques proposées aux femmes, notamment celles utilisées vis-à-vis de la fertilité, dans une optique de défense du consommateur.

En clair, l’objectif n’est pas moral mais ultra-féministe :

«Est-ce que la technologie en question répond à l’attente des femmes ? Comment est-elle mise à disposition des femmes ? Comment est-elle perçue dans différentes cultures ? Permet-elle d’accroître leurs droits reproductifs ?» (p. 1)

Ce que les auteurs reprochent au Norplant, au terme de leurs études, ce n’est pas d’être partiellement abortif mais bien plutôt de servir le lobby du contrôle des naissances au détriment de la santé et des droits reproductifs des femmes - terme ultra-féministe s’il en est, incluant le droit à la libre-disposition de son corps et à l’avortement.

L’ouvrage est une compilation d’articles qui sont tous d’un grand intérêt et d’une bonne facilité de lecture, quoique de rédactions diverses.

Le premier est une revue des études scientifiques publiées au sujet du Norplant (innocuité, acceptabilité), mettant en lumière leurs qualités et biais méthodologiques propres (manque de représentativité, non-prise en compte de l’information préalable, ...). Par exemple, toutes les études, sauf une, ont été menées en zones urbaines, où la surveillance médicale est supérieure à celle des zones rurales, et tendent donc à minimiser les contre-effets du produit (rappelons que le Norplant est un ensemble de bâtonnets de silicone imprégnés d’hormones progestatives. Inséré chirurgicalement sous le derme du bras, il procure une stérilité totale durant 5 ans, au terme desquels il doit être ôté, toujours chirurgicalement.)

Les trois articles 2, 4 et 5 résultent d’enquêtes sur le terrain en Indonésie, au Brésil et en Thaïlande, sur la manière dont le Norplant a été diffusé et perçu par les populations locales.

Ici, les masques tombent. Le contrôle des naissances montre son vrai visage totalitaire, avec l’utilisation de l’intimidation par les forces armées pour contraindre les femmes à réduire leurs projets familiaux (Indonésie, Thaïlande), l’absence d’information préalable sur les contre-effets indésirables de la méthode (Thaïlande, Brésil, Indonésie), les centres de Planning Familial qui refusent d’enlever les bâtonnets qu’ils ont posés, laissant les femmes souffrir de nausées et de saignements, le FNUAP (Fond des Nations- Unies pour la Population) qui commandite une étude sur le Norplant et qui refuse d’en publier les résultats défavorables... Piétinement des droits de l’Homme les plus élémentaires qui aboutiront au Brésil, en 1991, à une «discussion nationale» au Parlement, avec mise en place d’une commission d’enquête sur les responsables de la stérilisation en masse des brésiliennes.

L’article 6, comme les précédents, met en évidence de graves problèmes éthiques et médicaux sur la manière dont le Norplant a été distribué en Egypte, cette fois. Mais il contient également une analyse intéressante sur la manière dont les lobbies du contrôle des naissances ont cout-circuité par l’utilisation des mass-médias le débat académique : toutes les instances médicales du pays étaient opposées à l’introduction du Norplant, mais au même moment, les médias couvraient le pays d’articles faisant son éloge, réglant le problème à coup de «modernité», « progrès» et «facilité» d’un produit «sans danger»...

L’article 3 fournit en quelque sorte la clé d’interprétation du problème.

Elle résulte d’une enquête menée en Finlande (pays de fabrication du Norplant par la firme Leiras Pharmaceutical) auprès des prescripteurs du planning familial.

Constatation étonnante : les praticiens finlandais, en raison des problèmes liés à l’utilisation du Norplant, tendent à le déconseiller à leurs patientes qui, elles, le réclament à cause des articles de presse élogieux à son égard ! Tant et si bien que seul 1 % des finlandaises l’utilise (c’est-à-dire qu’elles l’essaient plus qu’elles ne l’utilisent à long terme), et que celles qui l’utilisent sont soigneusement triées sur le volet pour leur robustesse - on est bien loin de la méthode bulldozer utilisée dans le Tiers-Monde. Les problèmes rencontrés par les médecins vous passeront l’envie d’utiliser la méthode : saignements excessifs, blessure du nerf à l’insertion, rupture de bâtonnets à l’intérieur du bras, ...

Les auteurs concluent très clairement que l’autorisation de mise sur le marché finlandais n’a été qu’un prétexte permettant d’ouvrir au fabricant la porte de l’OMS et du Tiers-Monde (p. 62), mais que sa relative innocuité dans un pays sanitairement développé n’est pas transposable ailleurs.



La conclusion de l’ouvrage est accablante pour le Norplant, mais assez décevante. On sent que l’idéologie ultra-féministe empêche les auteurs de voir les choses en face. Constatant que le Population Council - détenteur du brevet sur le Norplant - a émis de très beaux guides d’action pour une distribution du Norplant qui respecte les droits des femmes et notamment celui à la santé, ils appellent ce dernier à être plus vigilant sur son application.

Espérance naïve, nous semble-t-il. Le contrôle des naissances n’a jamais rien eu à voir avec la santé des femmes. Depuis 20 ou 30 ans, les femmes en sont les victimes et les exactions commises en son nom sont documentées et connues dans les plus hautes sphères de décision en la matière.Décideurs qui n’ont eu pour seule réponse que d’intensifier leur pression coercitive, tout en publiant toujours plus de guides d’utilisation non-appliqués mais destinés à calmer et anesthésier l’opinion publique occidentale.

Dommage que Women and Pharmaceuticals Projects soit tombé dans le panneau. Il en reste toutefois un document précieux pour tous ceux qui voudront prendre sérieusement le taureau par les cornes.

A noter à la page 9 une description incomplète du fonctionnement du Norplant, dont la composante abortive est omise, même s’il est dit timidement que le Norplant est basé sur le principe qu’"une faible dose de prostaglandine peut supprimer la fertilité sans supprimer l’ovulation".

L’ouvrage rassemble une intéressante collection de sources bibliographiques, avec plus de 13 pages de références.
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