|
|
|
|||||||||||
Dérive totalitaire du libéralisme (La) |
|
SCHOOYANS Michel, 1995Mame/Ed. de l’Emmanuel, Paris349 p. 148 FF |
Michel Schooyans est certainement l’un des analystes les plus lucides et clairvoyants de notre époque. Il procède ici à une analyse magistrale des fondements totalitaires du libéralisme, dont il n’hésite pas à souligner les similitudes avec son contraire apparent, le marxisme. Bien plus, «c’est en approfondissant la critique conjointe de ces deux idéologies dominantes que nous pourrons faire progresser la réflexion sur les mécanismes et les structures d’oppression - et sur le dépassement des uns et des autres» (p. 214). Schooyans propose succinctement une troisième voie, mais pas avant d’avoir décortiqué les rouages philosophiques - et notamment le malthusianisme - qui expliquent les dérives totalitaires du libéralisme, au titre desquelles on compte, pour ce qui nous intéresse plus spécifiquement, la «canibalisation» du corps (moissons d’organes, ..), et la stérilisation massive de peuples entiers. L’auteur ne mâche pas ses mots : «Ce qui est tragique, et qu’on ne dénoncera jamais avec assez de force, c’est qu’un nouveau nazisme - pis : un ultranazisme -, d’une virulence inouïe, est en train d’être inscrit dans les lois, les institutions, les pratiques, et même l’éthique. et quelques uns des pays qui se targuent d’être les phares de la démocratie sont occupés à se transformer imperceptiblement en chefs de file de cet ultranazisme international» (p 270). Michel Schooyans nous avait habitué, dans Bioéthique et population (cf TransVIE-mag n° 91) et dans L’enjeu politique de l’avortement (Cf TransVIE-mag n° 34), à une écriture incisive, rapide et claire, en un mot : accessible à tous. La dérive totalitaire du libéralisme est plus ardue. Mais peut-on vraiment comparer L’enjeu politique de l’avortement, dont la première parution date de 1974, et qui fut très brillamment réactualisé jusqu’en 1991, et La dérive totalitaire du libéralisme dont la première édition date précisément de 1991 ? Un abîme sépare les deux ouvrages. Le premier reste une description incomplète et intérieure de l’enjeu d’une bataille titanesque entre culture de vie et culture de mort. A lire le second, on a au contraire le sentiment que Michel Schooyans s’est désormais lui-même hissé à la taille d’un titan qui embrasse, d’un seul regard extérieur, l’histoire de ce siècle jusqu’en sa dimension eschatologique (nettement marquée en fin d’ouvrage). Il en découle une vision à la fois terrifiante (écrasante) et exaltante, qui laisse au lecteur à la fois un sentiment d’impuissance et un sentiment enivrant : l’opportunité collosale d’être en situation d’oeuvrer à un basculement de l’histoire. Car si elle est lucide, la pensée de Michel Schooyans n’est jamais pessimiste. Elle est habitée par une foi convaincante et contagieuse, qui ne désespère jamais : «lève-toi et marche !» (p 312). C’est finalement dans cet optimisme réaliste que réside l’intérêt essentiel de l’ouvrage, qui, à lui seul, occuperait intelligemment le programme annuel d’une classe de philosophie contemporaine. Fourmillant de références et d’une abondante bibliographie, l’ouvrage se termine par un index des noms propres et un index thématique. Certainement le meilleur ouvrage disponible sur les enjeux géopolitiques de l’avortement |
| Précédente - Fiche 270 - Suivante | |
© TransVIE - Tous droits réservés - Transvie • Nous contacter