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Notices bibliographiques

Permitting the Destruction of Unworthy Life. Its extent and form

Dr. Karl Binding, Alfred Hoche, 1920, English translation W.E. Wright, 1992, 1992

Issues in Law and Medecine, Terre-Haute, USA
Reprint from Issues in Law and Medecine, vol.8, n°2; Fall 1992. 35 p. US$ 2,5, port inclu

La parution du livre «De la permission de détruire les vies sans valeur», de Karl Binding et Alfred Hoche, en 1920, aux éditions Felix Meiner Verlag à Liepzig, est considérée par beaucoup d’historiens comme le point de départ du mouvement euthanasiste dans l’Allemagne Nazie. La présente traduction a été possible grâce à la découverte récente d’un exemplaire de l’ouvrage d’origine, que l’on croyait perdu. Elle a été réalisée par un spécialiste américain de la philosophie allemande classique avec l’aide d’un professeur de radiologie, ancien étudiant d’Alfred Hoche en 1925 à l’Université de Frankfurt, émigré aux Etats-Unis en 1939.

L’ouvrage est divisé en deux essais successifs : le premier de Karl Binding, professeur en législation et en philosophie, s’intéresse aux fondements légaux de l’euthanasie; le second, du Dr. Alfred Hoche, s’intéresse aux fondements médicaux. Tous deux sont remarquables dans le fait qu’ils partent de cas particuliers généralement admis pour étendre peu à peu leurs considérations à une proportion de plus en plus étendue de la population. Avec le recul de l’histoire, la méthode ressemble étrangement à la méthode des rondelles de saucisson de l’impérialisme communiste : obtenir par bribes successives ce qui serait rejeté en bloc.

Le talon d’Achille qu’utilise Binding est le suicide. Il constate d’abord qu’aucune loi n’autorise le suicide. Mais qu’aucune loi ne le réprime. Il existerait un consensus sur le «droit absolu au suicide» qui dépasse le cadre légal. Puisque le suicide ne saurait être considéré comme un crime, mais qu’il ne saurait non-plus être considéré comme légal, la seule alternative est de le considérer comme non-interdit par la loi. Le droit au suicide se limite à la propre vie du suicidaire, mais est un droit absolu. En conséquence, le candidat au suicide a aussi un droit inhérent de se défendre contre les tentatives de l’en empêcher. Binding glisse maintenant très subrepticement à la question de l’euthanasie. Pour les patients gravement malades en phase terminale, «l’intervalle entre la mort due à leur condition et la mort causée par d’autres moyens est insignifiant». L’euthanasie ne cause pas la mort, elle en remplace simplement les modalités naturelles par d’autres. Seule une société barbare obligerait les mourants à mourir dans la souffrance. L’euthanasie dans ces conditions est «un acte de soin pur». Envisager l’euthanasie n’est pas définir des exceptions à l’interdiction de tuer, c’est légaliser un acte de soin. Un acte de soin ne saurait être interdit par la loi, même lorsqu’il n’est pas explicitement reconnu par celle-ci. Et même, «la permission du malade souffrant n’est pas requise» [puisqu’il s’agit de soins]. Binding revient maintenant au suicide. L’assistance au suicide est interdite. Mais l’application quotidienne de la loi par les tribunaux (jurisprudence) montre que la demande ou le consentement de la victime est un facteur reconnu comme atténuant la peine. Cette différence entre l’interdiction légale et la reconnaissance de facto est fâcheuse : «la loi ne fait pas de différence entre détruire une vie de valeur et une vie sans valeur»; la même loi est appliquée aux assassins cruels et aux autres. Or il existe des vies sans valeur : ceux qui, irrémédiablement blessés ou malades, expriment le désir d’en finir. Pour ceux-là, il vaudrait mieux, pour leur bien, autoriser l’assistance au suicide. Quant aux idiots profonds ou aux comateux, «ils n’ont de volonté ni pour vivre ni pour mourir. Dans leur cas, il n’y a pas de consentement valide à être tués; mais d’un autre côté, l’acte ne se heurte à aucune volonté de vivre qui serait ainsi violée». Dans ces conditions, c’est «la miséricorde pour ceux qui sont sans espoirs qui doit prévaloir». Au passage, la famille et la société seront délivrées d’un grand fardeau. Binding enfonce enfin le clou en suggérant de réguler, donc d’autoriser, l’euthanasie en soumettant les demandes à un organisme d’Etat spécialement habilité à délivrer les autorisations, après enquête.

La logique de Hoche, médecin, est différente mais rejoint celle de Binding. Le talon d’Achille utilisé ici, ce sont les progrès de la médecine, ayant entraîné avec eux l’apparition de situations nouvelles pour lesquelles le serment d’Hippocrate viserait plus adapté. Déjà, dans la pratique, les principes universels [l’interdiction du meurtre] admettent des exceptions («tuer un enfant vivant durant un accouchement pour sauver la mère; mettre un terme à une grossesse pour la même raison»). D’autre part il est fréquent que le médecin, en fin de vie, cesse tout traitement, ce qui vaut mieux qu’un acharnement thérapeutique. L’obligation de préserver la vie n’est pas universelle, sans quoi les bénéfices de cette préservation deviendraient un fardeau. Il existe des cas où maintenir la vie du patient n’a pas de valeur ni pour la personne concernée, ni pour la société : la «mort mentale», dégénérescence des facultés mentales après une vie bien remplie, ou absence congénitale de facultés mentales chez un nouveau-né. Le second cas est encore pire que le premier, car «aucun lien mental n’a jamais eu lieu avec les proches». Finalement les vies qui ont le moins de valeur sont «celles dont l’existence pèse le plus sur la communauté». Une énorme quantité de ressources pourrait être utilisée pour des buts productifs. «Il est pénible de penser que des générations entières de soignants vieillissent à côté de ces coquilles humaines vides...». «L’organisme civil est un tout, avec ses propres lois et ses droits, exactement comme un organisme humain indépendant est un tout - un tout qui, comme nous autres médecins nous le savons, sacrifie et se sépare des segments ou parties individuelles qui sont devenues inutiles ou même dangeureuses». Bref, «éliminer ceux qui sont complètement mort mentalement n’est pas un crime, un acte immoral ou une cruauté émotionnelle, mais bien plutôt un acte permissible et utile». Sans s’y attarder, Hoche étend sensiblement le champ d’application de son euthanasie en définissant la mort mentale ainsi : «l’individu mentalement mort a le caractère d’un corps étranger dans le système social; il fait preuve d’absence de tout acte productif et vit dans une condition de totale dépendance, nécessitant les soins d’un autre». Hoche est trop subtil pour désigner explicitement sous le terme d’animaux ces personnes qu’il méprise; il le laisse deviner au lecteur : «La sympathie pour les vies n’étant pas dignes de vivre est basée sur la même erreur conceptuelle inévitable qui conduit la plupart des gens à projeter leurs propres pensées et sentiments sur des êtres vivants. Cette erreur est aussi l’une des sources des excès du mouvement européen en faveur des droits de l’animal». Finalement, Hoche, comme Binding, propose concrètement la création d’un organisme d’Etat spécialement habilité à délivrer les autorisations d’euthanasie, après enquête. Un des derniers paragraphes montre l’extension de l’élimination que propose Hoche qui, visiblement, ne se limiterait pas aux nouveaux-nés : «Naturellement, aucun docteur ne voudrait conclure avec certitude qu’un [bébé] de deux ou trois ans souffre d’une mort mentale permanente. Mais, même dans l’enfance, le moment vient ou ce diagnostic peut être établi sans doute aucun».

Lecteurs de TransVIE-mag, n’avons-nous pas tous déjà entendu l’un ou l’autre, ou plusieurs, de ces arguments dans les débats actuels ? La parution de cette réédition ne pouvait être plus opportune, pour qu’en faisant revivre la mémoire, ce qu’elle décrit ne devienne, une fois de plus, une fois de trop, prophétique : «Celui qui oublie son passé est condamné à le revivre».

Un document d’une valeur historique incommensurable.
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