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Catalogue

Notices bibliographiques

Manuel de planification familiale à l’usage des médecins

, 1989

Fédération Internationale du Planning Familial (IPPF)
412 p. 130 FF

Comme son titre l’indique, ce manuel est un document de l’IPPF à diffusion externe destiné à la profession médical (on le trouve en vente dans les librairies spécialisées en médecine). Sa lecture attentive avec un esprit critique révèle de nombreuses informations intéressantes sur l’idéologie de l’IPPF. En effet de nombreux autres ouvrages existent, qui traitent de la planification des naissances. Celui-ci n’est pas le meilleur d’un point de vue scientifique (par exemple, aucune référence bibliographique des études médicales citées n’est donnée). Si l’IPPF tient à publier, depuis les années 60, son propre manuel sur le sujet (c’est ici la sixième édition), c’est visiblement pour diffuser dans la population médicale ses propres conceptions des choses. Nous allons en donner quelques exemples.

Précisons au préalable que la description des méthodes contraceptives ne porte en fait que sur une petite moitié de l’ouvrage, l’autre moitié étant consacrée à l’avortement, au traitement de la stérilité, au diagnostic prénatal ou aux aspects légaux du planning familial.

Les premiers chapitres, consacrés aux méthodes, sont assez classiques. Les méthodes abortives (stérilet, «contraception post-coïtale) sont délibérément assimilées à des méthodes contraceptives. La deuxième ligne du chapitre consacré à «la contraception post-coïtale» est à ce titre révélatrice. On y lit, p111 : «Les écrits du passé nous révèlent l’utilisation de nombreuses techniques post-coïtales pour éviter les grossesses après des rapports non protégés» [c’est nous qui soulignons]. On reconnaît là l’effort constant de l’IPPF de faire croire que la grossesse ne débute qu’à l’implantation de l’embryon dans la muqueuse utérine. Cet effort a été repris depuis par le Pr Baulieu pour promouvoir sa pilule abortive RU 486, et l’on n’est pas étonné de voir cette molécule citée comme méthode à effet contraceptif (p114). Bien sûr, le présent manuel étant un ouvrage de propagande très subtile, rien n’est dit aussi crûment, mais tout est suggéré de façon trompeuse. Ainsi, p118, le stérilet est défini comme une «forme de contraception» alternative bien que son effet anti-nidatoire soit totalement reconnu (p119).

Un chapitre assez surprenant aborde les méthodes naturelles de planification familiale (méthodes basées sur l’abstinence périodique). D’un côté on peut lire que la méthode «des températures offre un haut niveau d’efficacité» et de l’autre que «les taux d’échecs sont élevés». La contradiction apparente tient au fait que l’IPPF reconnaît à ces méthodes des taux de réussite théorique élevés mais se plaint de taux plus faibles dans la pratique. En conclusion du chapitre, l’IMAP (organe scientifique de l’IPPF) «estime que l’abstinence périodique ne doit pas être considérée comme une méthode susceptible de remplacer d’autres méthodes de planification familiale plus efficaces». Cette conclusion est totalement tendancieuse, car pour les autres méthodes l’IPPF ne cite que les taux théoriques. Cela revient à comparer les taux de réussite théorique de la pilule avec les taux de réussite pratique des méthodes naturelles ! Ou encore à estimer qu’une inobservation des règles nécessaires au bon fonctionnement des méthodes naturelles constitue un échec de la méthode, tandis qu’un «oubli» de la pilule n’est pas imputable à la méthode elle-même mais à une mauvaise utilisation.Deux poids, deux mesures... Un chapitre est consacré à la stérilisation (on s’amusera de voir ce geste décrit par le terme de «contraception chirurgicale» inversion totale du langage dont la tendance naturelle serait plutôt de décrire la pilule comme une «stérilisation chimique»), et un autre à l’effet contraceptif de l’allaitement.

Globalement, il ressort de cette première partie que tout est bon qui permet d’empêcher des naissances. Même l’approche des méthodes naturelles a évolué : le message de l’IPPF est que ça ne vaut pas une autre méthode, mais que s’il y a des gens qui s’en contentent, ça vaut mieux que rien du tout. On est loin ici d’un manichéïsme criard : rien n'est imposé, mais tout est suggéré.

Néanmoins, c’est avec les chapitres 13 et suivants que l’IPPF dévoile pleinement son idéologie. Ainsi, p242 et 243, à propos de la contraception offerte aux adolescentes, elle affirme que le personnel des cliniques de contraception doit s’abstenir de «moraliser». Ce qui ne l’empêche pas de trouver tout à fait souhaitable de décourager les femmes de fumer et de les encourager à avoir une nourriture saine et de s’adonner à l’exercice physique. Cette manière de voir les choses est caractéristique de l’association qui refuse de considérer que décourager une adolescente d’avoir des rapports sexuels soit possible et souhaitable autant que cesser de fumer. Ceci est d’autant plus étonnant qu’à la page 273, on peut lire à propos des couples stériles : «Avec des conseils appropriés et l’établissement de bons rapports basés sur le respect et la bonne volonté mutuels, le nombre de couples qui sont incapables de renoncer à leur désir d’enfants et ont besoin d’un soutien devrait être faible. Il y en aura toutefois qui ne pourront pas accepter un avenir sans enfant et le rôle que le médecin, l’assistante sociale et le personnel infirmier pourront jouer pour aider ces couples à accepter leur situation est aussi important, sinon plus, que celui qu’ils jouent en rendant leur fertilité à d’autres couples». Pourquoi ce qui est possible avec des couples stériles ne le serait-il pas avec des adolescents ? Transposé, ceci pourrait donner : «Avec des conseils appropriés et l’établissement de bons rapports basés sur le respect et la bonne volonté mutuels, le nombre de couples adolescents qui sont incapables de renoncer à des relations sexuelles et ont besoin d’un soutien devrait être faible. Il y en aura toutefois qui ne pourront pas accepter un avenir sans relations sexuelles et le rôle que le médecin, l’assistante sociale et le personnel infirmier pourront jouer pour aider ces couples à accepter la chasteté est aussi important, sinon plus, que celui qu’ils jouent en offrant la contraception à d’autres couples»...Le fait que l’IPPF refuse de manière absolue de considérer un tel rôle dépasse l’entendement et permet de conclure à une volonté délibérée et idéologique de ne rien faire qui restreindrait la pratique de la sexualité, et ce, même lorsqu’il en irait de l’intérêt de la personne.

Un autre paragraphe montre que, contrairement à ses déclarations, l’IPPF considère l’avortement comme un substitut à la contraception. A propos du choix des contraceptifs pour les adolescents, et étant donnés les inconvénients des uns et des autres, elle invite à prendre en compte, pour le choix, la «possibilité d’avoir recours à l’avortement, ou l’absence de telles possibilités». En d’autres termes, si l’avortement est légal, on pourra choisir une méthode contraceptive moins nocive même si elle est moins efficace.

Le chapitre sur la «régulation menstruelle» (avortement précoce sans vérification d’une grossesse, en cas de retard des règles) est riche de démonstration de la volonté de masquer l’avortement de toutes les manières possibles. On y lit que la «régulation menstruelle» peut-être utilisée «pour l’évacuation du contenu de l’utérus pour s’assurer de l’absence d’une grossesse», ce qui est un non-sens : la méthode n’est pas une méthode de diagnostic, elle ne permet pas de s’assurer de l’existence d’une grossesse, mais uniquement d’y mettre fin si celle-ci existe. On lit aussi : «la régulation menstruelle peut être légale même lorsque l’avortement thérapeutique est illégal, comme dans le cas d’un grand nombre de pays d’Amérique latine où les poursuites judiciaires pour avortement exigent la preuve d’une interruption de grossesse». En quelque sorte l’IPPF incite ici à profiter d’un vide juridique, le fait qu’un avortement n’est répréhensible que si la grossesse est reconnue. Suit une description assez effrayante de ce qui est décrit comme un «avortement doux» (doux pour qui ?) : «(...) La différence entre la sensation douce causée par le passage de la canule sur les membranes embryonnaires ou la surface de l’endomètre et la dure sensation de raclage produite une fois l’utérus evacué est facile à distinguer avec l’expérience (...).»...

Répertorier l’ensemble des passages instructifs ressortant de la lecture de cet ouvrage serait fastidieux. Notons encore : «dans les pays industrialisés, il existe maintenant très peu d’indications purement médicales justifiant un avortement» (p290); «Dans les pays où la position de l’avortement dans la législation n’est pas clairement définie ou est limitée, certaines Associations du planning familial ont pu montrer qu’un examen plus détaillé de cette législation pouvait révéler une certaine marge d’interprétation» (p304) ; p308 on apprend que dès le second trimestre les risques de mortalité et de morbidité liés à l’avortement peuvent dépasser ceux de la naissance; p321 on apprend que «le préservatif peut donner un faux sens de sécurité, parce qu’il n’empêche pas la propagation de toutes les infections» -ah bon ? Un chapitre consacré au diagnostic prénatal confirme que l’eugénisme n’est pas incompatible avec l’idéologie de l’IPPF puisque l’avortement est présenté comme une solution normale à la détection d’un handicap (dont la sévérité n’est pas précisée). Un chapitre consacré aux services non cliniques de planning familial suggère la distribution des préservatifs, spermicides et contraceptifs oraux par du personnel non-médical. Un autre chapitre suggère de déléguer plus généralement l’ensemble des actes de planning familial à des non-médecins, y compris...l’avortement et l’insertion des stérilets. On incite même à une pratique illégale : la pré-signature des ordonnances.
Un manuel que les associations de défense de la vie pourront utilement acquérir pour sa valeur de preuve sur l’idéologie de l’IPPF, et ses contradictions.
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