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Notices bibliographiques

Extermination des malades mentaux dans l’Allemagne nazie (L')

Alice Ricciardi von Platen Traduit par Patrick Faugeras , 2001-12

Eres
172 pp. 20 E

Est-ce un signe des temps ? «L’extermination des malades mentaux dans l’Allemagne nazie» est lui aussi la traduction et la ré-édition d’un ouvrage historique paru sous ce titre en Allemagne en 1948 dans le cadre du procès de Nuremberg.
Il visait à décrire le processus historique et l’organisation concrète du programme d’extermination des malades mentaux au cours du IIIe Reich.
L’ouvrage est d’un grand intérêt contemporain, tant les arguments entourant aujourd’hui l’avortement (jurisprudence Perruche ; stérilisation des handicapés mentaux dans la loi Aubry) et la perméabilité de notre société - et en particulier du monde médical - aux thèses eugénistes semblent reproduire un schéma qu’on aurait crû disparu en 1945.
Cet ouvrage complète merveilleusement le précédent :
Binding et Hoche annonçaient une ère médicale nouvelle et radieuse fondée sur une morale débarrassée de ses complexes judéo-chrétiens.
Alice Ricciardi von Platen eut le triste privilège d’en dresser l’innommable bilan.
Mais l’ouvrage d’Alice von Platen a l’avantage (du fait de sa postériorité) de ne pas rester sur le plan théorique ; il décrit au contraire avec de nombreux exemples et détails le processus même ayant conduit au programme d’euthanasie et la manière dont ce dernier a été organisé et conduit. Il s’en suit que de nouveaux parralellismes avec la situation actuelle apparaissent, comme la socialisation et l’étatisation de la médecine au début du IIe Reich qui favorisa grandement l’application du programme d’extermination. On remarquera, autre parralellisme avec notre époque que, de toute évidence, de nombreuses éliminations de handicapés furent demandées par leurs parents - un démenti formel de l’opinion entendue aujourd’hui (par exemple dans la bouche de Jean-François Mattéï) selon laquelle la décision individuelle des parents en matière d’avortement dit «thérapeutique» ne constitue pas un eugénisme, mais que seul un eugénisme programmé par l’Etat serait à combattre (en d’autre terme, on cherche aujourd’hui l’eugénisme en le décomposant en n décisions individuelles élémentaires). Alice von Platen montre au contraire que les deux mouvements furent synergiques et que la somme de n petits eugénismes individuels constituent bien un eugénisme. On remarquera que l’extermination des handicapés fut également appliquée à des nouveaux-nés et des enfants et que, déjà à cette époque, cette pratique suscita moins de réaction que l’élimination des adultes - une logique que l’on retrouve aujourd’hui avec l’élimination des enfants avant la naissance voir à la naissance.
On remarquera que l’euthanasie fut favorisée par les laboratoires médicaux qui disposèrent ainsi d’organes pour leurs études.
Enfin, une excellente analyse de la question de la responsabilité individuelle, et des mécanismes utilisés pour la diluer et la contourner, notamment les comités d’experts - ce qui n’est pas sans rappeler l’usage qui est fait aujourd’hui des comités d’éthique - est offerte au lecteur.
Un livre indispensable.
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