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Notices bibliographiques

Humanicide ; pour une morale planétaire (L')

Michel Lacroix, 1994-02

Plon, Paris
198 p. 105 FF

Livre étonnant que»l’humanicide», dont il n’est pas jusqu’au titre qui ne porte à confusion.
Car en traitant de la morale planétaire, cette littérature de plus en plus abondante, bien connue des mouvements pro-vie, qui entend réformer l’humanité, le livre de Michel Lacroix traite forcément de l’humanicide, cet homme qui, au dire des tenants de cette morale planétaire, serait sur le point de s’auto-détruire en détruisant son écosystème.
On reconnait là une pensée chère aux malthusiens et écologistes de tous crins, diseurs de catastrophes, qui nous promettent l’apocalypse ... Et proposent pour y échapper une révision complète de notre humanisme, tirant un trait sur les souverainetés nationales au profit d’un gouvernement mondial, renonçant à la société de consommation au profit d’une qualité de vie frugale, ôtant à l’individu le choix de sa descendance («La liberté de faire des enfants est intolérable», disait René Dumont, cité à la page 74), redéfinissant les rapports humains, jugulant la «techno-science» pour enfin reprendre le contrôle du «vaisseau Terre», dans une mystique où Gaïa, la Mère-Terre, aurait enfin trouvé en l’homme non plus son destructeur mais son Messie... passé par la Croix de l’humilité, un homme ayant renoncé à son hégémonie sur le monde, ayant lui-même, de plein gré, et pour sa propre survie, signé sa propre abdication : en un mot, humanicide.
C’est tout un courant de littérature mondialiste que dépouille mot-à-mot, pour nous, Michel Lacroix : quatre-vingt treize références bibliographiques, passées au peigne fin, pour reconstituer en un plan ordonné les fondements et les aboutissants de la «morale planétaire», le nouvel ordre mondial écologiste.
Le rapport du Club de Rome, Economiser la planète (Allegre), Only one Earth (Ward et Dubos), l’Etat de la Planète (Lester Brown, du World Watch Institute), L’Utopie ou la Mort (René Dumont); Extinction : the causes and consequences of the disappearance of Species (Paul et Ann Ehrlich), Rapport sur les limites de la croissance (Meadow), ... Michel Lacroix a désarticulé pour nous l’idéologie sous-jacente à la morale planétaire. Un travail remarquable et une contribution majeure pour démystifier cette même idéologie, profondément opposée dans ses fondements à ceux de l’Evangile de la vie, dont on regrettera seulement qu’il ne comporte pas, à coté de la bibliographie, un index des termes et un autre des noms propres.
Incidemment, en décortiquant l’idéologie écologiste mondialiste, le livre de Michel Lacroix met en lumière une réthorique très mobilisatrice qui, il faut le reconnaître, a fait ses preuves pour modifier l’opinion, et dont les mouvements pro-vie seraient parfois bien inspirés de prendre modèle.
Ceci dit, ce livre, que tout militant pro-vie devrait avoir lu, comporte lui-même une part d’ambiguïté. Malgré un ton finement caustique tout au long, aucun extrait de l’ouvrage ne permet de discerner avec certitude si l’auteur admet l’idéologie qu’il décrit, ou ne la décrit que pour mieux nous prévenir du danger qu’elle constitue. La critique est diffuse, mais est-elle là pour faire mieux admettre le fond idéologique en prenant des distances avec les excès, ou pour montrer que l’excès est inhérent au fond idéologique ? Certains fondements idéologiques mis-à-nus (notamment le pseudo «droit à la vie», affirmé par des organismes qui promeuvent l’avortement des individus sous prétexte de préserver la survie du corps social) sont tellement grossiers qu’une critique ouverte eut été facile, voir indispensable. Au lieu de quoi Michel Lacroix, en prenant un ton particulièrement ambigü, semble cautionner jusqu’à certains excès ... excessifs !
Légère ombre au tableau sur un ouvrage par ailleurs remarquable et essentiel.
Michel Lacroix a décrit le poison insidieux de l’ordre moral planétaire. Il reste maintenant à en décrire le contre-poison.
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