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Quelles limites ? le Club de Rome répond... |
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Dennis Meadows et al., 1973Seuil188 p. |
On a bien du mal à réaliser, après vint-cinq ans, le séisme que provoqua la parution en 1972 (en France aux éditions Fayard) de»Halte à la croissance», le pavé néo-maltusien du Club de Rome, un groupe de chercheurs et de personnalités essentiellement anglo-saxons. Certes, la thèse selon laquelle la croissance de la population humaine (car c’est bien cette croissance là qu’il s’agit de stopper) serait nocive et dangereuse ne date pas de Meadows. Depuis dix ans au moins les Etats-Unis d’Amérique, après l’avoir expérimentée au Japon à la sortie de la guerre, se préparait à l’appliquer à grande échelle dans le Tiers-Monde. Mais la contribution du Club de Rome fut tout autre : c’est lui qui, dans une remarquable campagne médiatique, parvint à répandre et faire accepter la vulgate malthusienne chez le commun des mortels. Ce qui n’a jamais dépassé le stade d’une médiocre simulation informatique des interactions mondiales entre le capital et la population se transforma en nouveau pret-à-penser. L’équipe du Club de Rome fut invitée à donner des conférences dans les universités et les Parlements les plus divers, et jusqu’au Conseil de l’Europe. Tout ceci ne fut pas sans réactions, et c’est pour répondre aux critiques dont ses thèses furent l’objet que le Club de Rome compila dans le présent ouvrage quelques articles de défense. De par leur nature défensive, ces textes enflammés permettent de mieux saisir la médiocrité même des arguments défendus et leur imprégnation idéologique ( contrôle étatique de type socialiste à l’échelle globale, teinté de messianisme New-Age sur l’avènement d’une nouvelle humanité prenant pleinement en main sa destinée). Les arguments ont d’ailleurs peu changé et l’on sera surpris de voir combien les thèmes de la pollution, de la disparition des terres arables, et de l’épuisement des eaux potables ont la vie dure. Il reste cependant que l’exploitation chaotique des ressources dans l’inégalité et la recherche du profit individuel maximum est bel et bien source de désordres graves. C’est ce constat réaliste (mais que d’autres avaient fait bien avant le Club de Rome) qui a pu faire de»Halte à la croissance» un best-seller (outre la fascination pour tout ce qui sortait de la bouche d’un ordinateur). Finalement, l’erreur du Club de Rome n’a pas tant résidé dans une vision pessimiste des ressources et des désordres auxquels l’humanité est confrontée, mais dans une vision pessimiste de l’humanité, perçue non pas constituée d’êtres doués de raison, mais tel un amas de parasites grouillant au dessus d’une terre exangue. Si le Club de Rome ne s’étend pas sur les moyens d’éradiquer cette vermine, d’autres à la même époque, et encore aujourd’hui, sauront passer de la théorie à la pratique. |
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