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Excessive Force. Power, politics & population control. |
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Information Project For Africa, 1995Information Project For Africa , Washington318 p. $ 13 |
Derrière les discours faussement humanistes de leurs promoteurs, les programmes de contrôle des naissances dans le Tiers-Monde cachent en réalité une guerre totale et sans merci. Qui dit guerre dit objectif : conserver l’hégémonie politique, militaire, commerciale et culturelle des Etats-Unis en faisant obstacle à la croissance démographique des autres nations, croissance signifiant à terme, comme chacun sait, prise de pouvoir puisqu’il n’est de richesse que d’hommes. Qui dit guerre dit aussi moyens : propagande, coercition par le biais des organismes de crédits internationaux (Banque Mondiale, Banque Africaine),..., infiltration par ONGs interposées et par le biais des services dits de "coopération", ciblage des élites dirigeantes, manipulations du langage et jusqu’à l’assassinat politique. C’est le panorama que présente Excessive Force. Power, politics & population control dont le mérite essentiel réside dans la bibliographie (parmi laquelle de nombreux rapports de la CIA récemment déclassifiés) et dans la concision et la rigueur de la démonstration. Les auteurs ne s’embarrassent pas de problèmes moraux (la valeur intrinsèque de la contraception n’est pas abordée, et l’avortement n’est même pas cité). Le lecteur n’est pas inutilement diverti, mais au contraire mené droit aux faits permettant de comprendre que les Etats-Unis, avec une patience étonnante dont ils récoltent aujourd’hui les premiers fruits (apparents), ont entrepris dès la sortie de la seconde guerre mondiale une lutte sans merci contre la population du Tiers-Monde, en se dotant des moyens budgétaires (5 milliards de dollars en 1994) et institutionnels nécessaires. On considérera par exemple comment les Etats-Unis ont su attendre 20 ans que la Banque Africaine de Développement, originellement exclusivement composée de pays africains, leur offre en 1983 un siège, pour enfin pouvoir la noyauter avec comme résultat tangible le financement de programmes de contrôle des naissances par cette banque dès la fin des années 80. On lira aussi avec intérêt comment les Etats-Unis ont financé des ONGs pour développer dans les pays africains peu préparés des séminaires et congrès destinés à inculquer aux élites la notion de surpopulation, pour développer des "logiciels de modélisation" des relations entre population et développement économique, logiciels gracieusement offerts aux mêmes élites, ou encore pour infiltrer les académies et universités africaines (par le biais de certaines bourses d’études offertes aux étudiants africains) afin de comprendre de l’intérieur la mentalité africaine vis-à-vis de la fécondité et trouver des outils de propagande culturellement acceptables dans le contexte africain (les premières campagnes de stérilisation et de contraception, tirant des ficelles de propagandes grossières, s’étaient en effet heurtées à des mouvements populaires importants). Les auteurs ne s’y trompent d’ailleurs pas : ils concluent que cette guerre totale est en fait une guerre culturelle, et que le plus grand danger pour les Etats-Unis (et plus grand espoir pour les pays du Tiers-Monde) réside dans la résistance culturelle qu’offrent les deux grandes religions que sont le Christianisme et l’Islam. Ils estiment que la frénésie observable actuellement au sein de l’ONU (conférence du Caire) et dans les pays développés pour réussir à tout prix (y compris au risque d’un retour de flamme déjà observable conduisant leurs propres populations à appliquer inconsciemment les consignes malthusiennes originellement destinées aux pays du Tiers-Monde) à mâter la croissance démographique des autres pays résulte de la perception aigüe qu’ont nos dirigeants du caractère dramatique d’un inévitable renversement de pouvoir entre nations européennes et anglo-saxonnes et nations africaines, sud-américaines et asiatiques. En quelque sorte, il est probable que les pays développés lutteront à mort jusqu’à la fin contre la croissance démographique du Tiers-Monde, en consacrant à cette fin, comme dans toute guerre totale, une part croissante de leur énergie vitale. L’ouvrage s’achève sur une question cruciale et probablement prophétique, malheureusement : "Que se passera-t-il si la mission assignée au contrôle des populations échoue dans sa tentative de contenir la marée, ne parvenant en fait qu’à susciter [dans les pays du Tiers-Monde actuel, qui auront alors une position de domination inverse] du ressentiment et des désirs de vengeance ?". La question contient évidemment la réponse. Mais nos démocraties auront-elles encore la force de mener simultanément : - un brusque arrêt de leur politique malthusienne (qui signifie probablement arrestation de ses propagandistes les plus fervents, ré-orientation de toute une économie de guerre désormais constituée en lobbies puissants (ONGs, groupes pharmaceutiques développant les produits contraceptifs et abortifs actuels, lobbies libres-penseurs ou ultra-féministes)), - une reconnaissance internationale des torts et génocides perpétrés, - un effort inverse de propagande médiatique contre leurs propres ressortissants (désormais acquis aux idées de surpopulation), - la mise en place de véritables structures de coopération et d’aide au développement (avec les inévitables et douloureuses restructurations des économies nationales qui s’en suivront), - et enfin institution de politiques de relances natalistes dans nos propres pays ? Nous partageons l’avis des auteurs pour qui cette révolution n’aura pas lieu avant qu’un enfoncement toujours plus grand ne nous emmène inévitablement et malheureusement à un point de rupture qui ne semble pas encore atteint, malgré les frémissements observables chez nos concitoyens, qui perçoivent inconsciemment et encore confusément le danger ineffable où les conduit la folie malthusienne meurtrière de leurs dirigeants. Excessive Force contient deux annexes fort intéressantes. La première est la reproduction in extenso du rapport final à l’US-AID d’une ONG chargée par cet organisme officiel américain d’une mission de propagande malthusienne auprès des élites africaines, l’autre la liste des programmes anti-natalistes de l’US-AID en vigueur à la fin des années 93, par pays. Enfin, tous les noms propres de personnalités ou d’organismes cités sont répertoriés dans un index exhaustif. Quoiqu’en anglais, l’ouvrage cite des programmes anti-natalistes visant des pays africains francophones. A ce titre, il mériterait une traduction et une large diffusion dans ces pays. |
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