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Catholicisme et la démographie. Eglise, population mondiale, Contrôle des naissances (Le)

René Valette, 1996-09

Atelier
207 p. 98 FF

René Valette, vice-recteur de l’Université catholique de Lyon et professeur de démographie et politique, directeur du Centre lyonnais d’enseignement et de recherche sur le développement intégré, est plus connu pour avoir présidé le CCFD (Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement).
L’ouvrage se présente comme une contribution au débat sur la démographie ; il s’agit en fait d’un brûlot contre l’enseignement moral de l’Eglise catholique au regard de la contraception artificielle et de l’avortement.
Car la première moitié de l’ouvrage, consacrée à une analyse de la situation et des perspectives démographiques mondiales et continentales, est conclue honnêtement par une note apaisante, loin du catastrophisme ambiant : René Valette reconnait que l’avenir démographique ne présente plus aux yeux des experts le degré de gravité alarmant qu’on lui prêtait dans les années 70. Et René Valette ne risque pas d'être contredit lorsqu’il enfonce des portes ouvertes : effectivement, une variation rapide de la population oblige les Etats à des ajustements et des investissements plus lourds qu’une population à peu près stable ! Tout au plus dans cette première partie pourrait-on critiquer un parti pris contre la politique anti-avortement de Ronald Reagan et surtout l’absence totale de considération pour les voix dissidentes, de plus en plus nombreuses, qui, au-delà de la croissance démographique actuelle, commencent à envisager une implosion démographique généralisée à la fin du siècle prochain. Enfin, quoiqu’il s’en défende, René Valette se montre bel et bien sous un jour malthusien orthodoxe, c’est à dire résolument conservateur, car la doctrine qu’il défend est bel et bien celle d’un relatif immobilisme démographique dont il n’a pas été prouvé que les bienfaits à long terme surpassent ceux d’une croissance démographique continue, et qui reste encore une hypothèse de travail plus qu’une théorie éprouvée.
La faiblesse des conclusions de la première partie ne justifient donc pas l’appel de René Valette à un assouplissement de l’enseignement du Magistère en matière de sexualité (si la surpopulation n’est pas avérée, l’argument d’urgence invoqué tombe de lui-même) ; on en conclu que c’est d’abord sur des arguments moraux que l’auteur entend en découdre avec la hiérarchie, et que la démographie n’est dans l’affaire qu’un prétexte rédactionnel.

La seconde moitié de l’ouvrage est consacré à un aperçu de la Conférence du Caire où le Saint-Siège est présenté comme un empêcheur d’avancer, solitaire. Le parti pris est ici évident. A titre d’exemple, René Valette rapporte les propos d’une déléguée argentine qui se serait plainte des pressions quotidiennes exerçées par un délégué du Saint Siège. Non seulement on se demande quel type d’outil de pression le Vatican usait en la matière (peut-être la menace d’envoyer ses «divisions» contre l’Argentine ?) mais on peut légitimement se demander si l’auteur était réellement présent au Caire pour n’avoir apparement entendu aucune plainte contre les pressions probablement autrement plus efficaces et dramatiques (menace portant sur les prêts FMI et les accords de coopération) des Etats-Unis et de la CEE.

Enfin, une interrogation reste entière sur l’éventuelle naïveté de René Valette : est-il mal informé ou cynique lorsqu’il écrit (page. 127) qu’"il semble que les pratiques [de stérilisation, avortement et contraception forcée] aient à peu près disparu aujourd’hui" ? Lorsqu’il présente les conclusions du Caire comme un concensus convivial, et le forum des ONG féministes comme une surprise-party bon-enfant ?
A la page 138, René Valette estime que personne n’a été en mesure d’apprécier l’influence déterminante des mouvements réclamant l’inscription de l’avortement au titre de composante essentielle du droit des femmes dans l’entourage du Dr Sadik (président du FNUAP). Faut-il a se point trouver anodine la promotion de Fred Saï, président de l’IPPF, à la présidence du Comité de rédaction du Caire ?
Enfin l’acceptation aveugle de la vulgate «avortement clandestin = avortement dangereux, avortement légal = avortement sans danger» surprend de la part d’un universitaire.
Plus grave encore, René Valette prend soins de préciser (p. 165) que l’avortement n'est pas inclus dans les procédés contraceptifs non-naturels qu'il promeut : est-il donc si peu unformé des effets abortifs précoces de nombreux «contraceptifs» utilisés dans le contrôle des naissances (du Dépo-Provera au Norplant en passant par le stérilet et la pilule dite «contraceptive»).

De telles approximations scientifiques et médicales questionne. On peut admettre qu’un catholique exprime une opinion contraire à celle du Magistère, et il semble bien, près de deux années après la publication du livre, que la Sainte Inquisition n’ait pas encore brûlé son auteur, signe que l’Eglise n’est probablement pas l’espèce de tyran qu'on veut parfois en faire. On est en revanche en droit, en qualité de lecteur, d’exiger de l’auteur un minimum de cohérence interne. Les dernières pages constituent un appel à l’Eglise pour qu’elle soit aussi pleinement mère qu’éducatrice. Et l’auteur de reprendre la parole du psalmiste : «La vérité germera de terre et la justice descendra des cieux». René Valette peut-il honnêtement espérer un flexion de la justice sans accepter lui-même de faire la vérité ? De reconnaître honnêtement que l’avortement légal est plus dangereux qu’on le dit, que le préservatif n’est peut-être pas aussi efficace que ça contre le Sida, et que les contraceptifs subissent une dérive abortive flagrante ?
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