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Notices bibliographiques

Bioéthique et la question de Dieu. Une voie séculière d’intériorité et de spritualité (La)

Dominique JACQUEMIN, 1996

Médiaspaul
190 p.

Il est des livres qui tombent nettement à côté de leur époque et que le vent oubliera très vite. Ainsi en est-il probablement de La bioéthique et la question de Dieu, qui aurait probablement fait un tabac au temps des communautés auto-gérées du Larzac. L’auteur, prêtre, théologien et bioéthicien, semble y regler des comptes avec le Magistère romain, auquel il accuse de préférer aux situations mouvantes de la vie des concepts universels et des normes immuables. Surtout, l’auteur estime que la bioéthique de terrain, vécue, est un lieu de cheminement spirituel spontanément positif : pour peu que le Magistère cesse de vouloir imposer des normes, les hommes de bonne volonté pourront y cheminer, selon l’auteur, vers la vérité. La charge la plus forte est donc portée contre l’encyclique Veritatis splendor. L’habillage philosophique de l’ouvrage ne change rien à la thèse primaire qui en est au coeur : que Rome nous laisse en paix et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le P. Jacquemin applique ici à la bioéthique (de la confrontation des idées à l’épreuve des faits jailliera la lumière) le postulat libéral du juste prix jaillissant de la libre confrontation de l’offre et de la demande. On ne peut manquer d’être surpris. Que les situations concrètes soient l’occasion pour ceux qui les vivent d’un cheminement intérieur, nul ne le conteste. Il n’était probablement pas nécessaire d’y consacrer un livre entier. Que toute propositions normatives, notamment celles du Magistère, soit néfaste à ce cheminement, et que le rôle d’une institution telle que l’Eglise catholique doive se restreindre à participer au débat éthique sans chercher à émettre d’elle-même quelque avis que ce soit, voilà par contre qui nous renvoie à des errements soixante-huitards qui semblaient révolus. D’autre part, les situations concrètes que l’auteur chérit tant sont étrangement absente de l’ouvrage. Les luttes de pouvoir et la confiscation du débat bioéthique par les lobbies médicaux sont très vaguement évoqués. Est-ce parce qu’elles contredisent l’utopie de l’auteur concernant le progrès humain sensé jaillir de la confrontation éthique débarrassée de ses normes transcendantes ? Enfin, le fait que l’auteur n’ai pas apprécié que Veritatis splendor devienne un best-seller (p. 133) nous interroge : serait-ce qu’il est difficile pour un théologien d'admettre qu’un pape puisse être mieux entendu par le peuple, sur les questions morales, que par ceux qui sont sensés les lui enseigner ?
Un livre creux, polémique, prétentieux et déphasé, usant d’un langage précieux pour un bien piètre effet.
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