|
|
|
|||||||||||
Essor de la génétique et dignité humaine |
|
Conseil Permanent de la Conférence des Evêques de France, 1998-01Centurion/Cerf83 p. 45 FF |
On trouvera une analyse pertinente du nouveau document des Evêques de France, sous la plume de Jean-Marie Le Méné, dans la revue Famille Chrétienne du 05/02/98. Nous en partageons l’analyse, tant en ce qui concerne une salutation globalement très positive du document, qu’en ce qui concerne ses limites dans l’emploi mal expliqué de propos de Jean-François Mattéï qui peuvent porter à confusion. Le contraste est saisissant entre les prises de position théoriquement fermes mais pastoralement molles de l’épiscopat vis-à-vis de l’avortement dans les années 1970 et «Essor de la génétique et dignité humaine». Rompant avec un silence général qui feint de croire, à chaque nouvelle descente vers l’horreur, que l’eugénisme n’est pas très loin, les évêques ont cette fois le courage de dire qu’il est DEJA là. En revanche, on regrettera que l’épiscopat n’ait pas voulu l’appeler par son nom, lui préférant le terme de «pratique collective de sélection des enfants». Plusieurs paragraphes sont même consacrés à démontrer que la nouvelle pratique ne se confond pas avec l’ancien (?) eugénisme. L’assertion nous paraît naïve, (à moins qu’on ait délibérément voulu éviter la polémique, mais pourquoi alors insister par une démonstration ?), quand on connaît les liens entre les groupes de pression qui défendent actuellement le diagnostic prénatal et les sociétés eugénistes de l’avant-guerre - il suffit même de lire quelques déclarations contemporaines pour s’apercevoir que la peur de la multiplication des «inaptes» n’est pas étrangère aux motivations actuelles. On peut également regretter une citation trop brève de la déclaration de l’épiscopat du 6 mai 1979 sur l’avortement : le nouveau texte, tout en rappelant la malice intrinsèque de l’avortement, rappelle comme en 1979 que l’Eglise «ne se reconnaît pas le droit de se substituer aux consciences»’. Sorti de son contexte (et notamment de la notion de conscience éclairée), la phrase peut apparaître comme une validation de la législation actuelle, les chrétiens étant invités, eux, à se comporter différemment mais sans remettre en cause la loi. On est loin des propos clairs de Jean-Paul II invitant chacun à oeuvrer pour une abolition non seulement pratique mais également législative de l’avortement, qui ne peut jamais être une option. Plus grave, l’insertion malvenue de cette phrase peut laisser croire que les rédacteurs, comme bon nombre de nos contemporains, seraient eux aussi plus sensibles à l’eugénisme collectif qu’à l’eugénisme individuel. Dans cette logique en effet, l’avortement d’un handicapé par un couple prenant la décision«en conscience» serait moins grave que l’organisation collective de cette sélection. Nous sommes persuadés du contraire : s’il est certain qu’on ne peut «juger les personnes», c’est bien au niveau individuel que se prend la décision de l’avortement dans le contexte français. Critiquer les lois ou les pressions sociales et négliger les comportements individuels, c’est assurément s’empêcher de résoudre pleinement le problème. Le document s’adresse avant tout aux consciences chrétiennes. N’aurait-il pas été logique d’en appeler précisément avant tout aux consciences et à la résistance individuelle ? Ces questions pointues, aussi importantes soient-elles, ne doivent pas toutefois masquer l’intérêt général du document, écrit dans un langage très accessible, qui pourra aisément être étudié en cours de philosophie ou en groupes paroissiaux sous la conduite d’un animateur capable. Il est suivi d’un document du Saint Siège pour l’Année internationale des personnes handicapées (1981), d’un texte du Saint-Père sur les aspects légaux et éthiques du projet génome humain (1993), et d’une bibliographie de documents du Magistère et épiscopaux. |
| Précédente - Fiche 327 - Suivante | |
© TransVIE - Tous droits réservés - Transvie • Nous contacter