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Du droit des bêtes à disposer d’elles-mêmes |
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Janine Chanteur, 1993-04Seuil, Paris182 p. 110 FF |
En quoi un livre sur les Droits de l’animal peut-il intéresser les mouvements de défense de la vie humaine et leurs militants? Rien, à priori, si ce n’est que Janine Chanteur, professeur de philosophie morale et politique à l’université de Paris-Sorbonne, ait pris le parti d’étudier la légitimité des Droits de l’animal (qu’elle récuse à l’issue de son analyse) en s’appuyant sur les fondements philosophiques des Droits de l’homme, tels qu’ils sont définis dans les diverses déclarations et notamment celle de 1789. Janine Chanteur traite son sujet avec brio. Dans un premier temps, elle montre que la notion de «droits de l’homme», d’où certains estiment pouvoir extrapoler un droit des animaux, n’est pas une notion spontanée de l’esprit humain. Totalement étrangère à la culture grecque, la notion de «droits de l’homme» n’a été élaborée que tardivement dans l’histoire de l’humanité, avec les contributions décisives de Hobbes, Locke, Kant et Rousseau. Ces droits s’appuient sur une philosophie de l’homme bien définie. En retournant à ces quatre sources philosophiques, Janine Chanteur montre assez aisément que les droits de l’animal sont incompatibles avec le courant philosophique qui sous-tend les droits de l’homme dans leur acceptation historique. Elle montre que l’animal n’a pas de «droits», mais l’homme des devoirs envers l’animal, une nuance de taille. Surtout, elle illustre sa démonstration en se penchant sur le cas des personnes profondément handicapées. Sont-elles sujets, elles aussi, des droits de l’homme ? Assurément. Encore faut-il pouvoir le démontrer (à défaut de l’admettre avec le coeur). Janine Chanteur apporte ici sa propre démonstration, restant sur un plan strictement philosophique, sans aucun appui théologique. C’est donc une contribution non négligeable à la cause du droit à la vie de toute personne humaine que l’on trouve dans cet ouvrage qui, accessoirement, remet aussi les pendules à l’heure sur le «droit à la vie», une expression ambigüe, à laquelle Janine Chanteur préfèrerait implicitement l’expression «droit de l’homme à la vie». L’avortement, comme nombre de maux, trouve sa racine dans la manipulation des mots. Le dernier ouvrage de Janine Chanteur, en nous amenant à la réflexion sur le sens de mots que nous finissons par utiliser avec routine dans notre lutte contre l’avortement, stimule et nous aide à éclaircir notre propre pensée, ce qui ne peut qu’être bénéfique à toute notre action en ce domaine. Un livre pour ceux qui aiment la philosophie et estiment qu’elle n’a pas encore dit son dernier mot en matière de respect de la vie. |
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