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Avortement : une loi en procès. L’affaire de Bobigny

Association "Choisir", 1973

Gallimard

A l’heure où se multiplient les procès des sauveteurs, et où certains s’indignent que l’on transforme les tribunaux en tribune contre l’avortement, la relecture de l’affaire de Bobigny est plus actuelle que jamais.

Ce livre de poche paru au lendemain du procès de Marie-Claire, jeune de seize ans ayant eu recours à l’avortement, de sa mère et de son avorteuse, reproduit intégralement les débats du procès du 8 novembre 1972. Publié par «Choisir», l’association de lutte pour la libéralisation de l’avortement du début des années 70, l’ouvrage se résume à la sténotypie de ces débats, encadrés seulement par une préface de Simone de Beauvoir et, en annexe, une brève description des buts de l’association et de sa proposition de loi d’abrogation de la loi de 1920.

C’est que les débats constituent une pièce de propagande à eux-seuls. Mené de main de maître par l’avocat général Gisèle Halimi, le procès tout entier ne fut qu’une vaste tribune où il ne fut pas jugé d’un cas, mais d’une loi.

A la barre des témoins se succèdent Marie-Claire Chevalier, l’avortée, mais surtout Michel Rocard, le Pr. Paul Milliez, le Pr. Raoul Palmer, Mme Simone Iff, présidente du Mouvement Français pour le Planning Familial, le Dr. Gérard Mendel, le député Louis Vallon, le Pr. Jacques Monod, la comédienne Françoise Fabian, la journaliste Claude Servan-Schreiber, Mme Simone de Beauvoir, Jean Rostand, biologiste, le Pr. François Jacob, prix Nobel.

Avec pour chacun d’étonnantes, prophétiques ou tristement savoureuses déclarations :

«En tant qu’homme qui fait partie d’un couple, je souhaite que l’accord du couple se fasse [pour décider en dernier ressort du droit à l’avortement], mais en tant que législateur il n’y a pas d’autre réponse possible que le choix de la femme enceinte» (Michel Rocard).

«La solution, c’est indiscutablement la contraception. (...) Quand elles ne recourent pas au stérilet, elles n’ont pas d’autre solution [que l’avortement]» (Paul Milliez).

«Il est certain que l’échec du stérilet est accepté dans tous les pays civilisés comme un argument important pour accepter une interruption de grossesse» (Pr. Palmer).

«On ne peut plus supporter de laisser naître des enfants mal aimés, des enfants rejetés, des enfants refusés. (..) [Il faut] qu’un enfant ait le droit d’être désiré par ses parents avant d’être conçu» (Mme Iff).

«Les accidents de la grossesse ont lieu avant tout lorsque l’enfant n’est pas désiré, lorsque la grossesse est poursuivie contre le voeu profond de la mère. (...) Il est absolument certain que les conséquences [psychologiques] de l’avortement ne viennent pas de l’acte d’avorter mais de la clandestinité» (Pr. Mendel).

«Je dis que le foetus de quelques semaines n’existe pas encore en tant qu’être humain. (..;) Certainement pas avant le cinquième ou le sixième mois» (Pr. Monod).

«Je dois dire que je suis complice d’avortements, quotidiennement, soit en donnant de l’argent, soit en donnant des adresses, soit en prêtant ma maison pour que l’on y pratique des avortements, ce qui s’est produit avant-hier pour la dernière fois» (Delphine Seyrig).

«Les ouvrières n’ont pas beaucoup d’issues : «oppression de la classe bourgeoise, oppression du sexe opposé»» (Claudette Pouilloux).

«On exalte la maternité parce que la maternité c’est la façon de garder la femme au foyer et de lui faire faire le ménage. (...) il faut donc que la femme soit asservie à la maternité.», «un million de françaises se font avorter chaque année», «Un argument particulièrement important qu’on brandit parfois contre l’avortement c’est qu’en interrompant une grossesse on risque de supprimer un Mozart ou un Mao Tsé-Toung. Mais peut-être épargne-t-on au monde un Hitler» (Simone de Beauvoir)

«Regardez-vous et regardez-nous. Quatre femmes comparaissent devant quatre hommes...Et pour parler de quoi ? De sondes, d’utérus, de ventres, de grossesses, d’avortements !... Croyez-vous que l’injustice fondamentale et intolérable n’est pas là ? Ces quatre femmes devant ces quatre hommes ! Ne croyez-vous pas que c’est là le signe de ce système oppressif que subit la femme ? (...) Je crois que nous n’accepterons plus que se perpétue cette oppression. Messieurs, il vous appartient aujourd’hui de dire que «l’êre d’un monde fini commence»» (Me Gisèle Halimi)

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