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Sa vie nous est confiée. L'épreuve d'une mère. |
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MOSHER Steven, 1995-10Fixot, Paris283 p. 129 FF |
(Edition originale : A Mother's Ordeal, ISBN 0-15-162662-6, Ed. Harcourt Brace, Floride). Steven Mosher, l'un des premiers sociologues américains autorisés à pénétrer en Chine après la mort de Mao, a assisté en 1980, à son insu, à l'une des premières vagues de campagnes coercitives de planning familial dans une zone rurale : lavage de cerveau, menaces, avortements et stérilisations forcés. De retour aux Etats-Unis, il alertait l'opinion publique dans un ouvrage intitulé Broken Earth, The rural Chinese, publié en 1983. Ensuite, l'histoire est connue, du moins en ce qui concerne son retentissement occidental : témoignages de plus en plus fréquents, demandes d'asile de couples voulant décider librement du nombre de leurs enfants ont abouti finalement à la dénonciation des violations des droits de l'homme pratiquées par Pékin dans le cadre de la politique de "l'enfant unique" (avec le soutien financier d'ONGs et d'organismes internationaux), reconnaissance du statut de réfugiés politiques aux demandeurs d'asile pour ce motif, jusqu'au vote récent au Congrès américain d'un amendement visant à supprimer les subventions au FNUAP (Fond des Nations-Unies pour les Activités en matière de Population) tant que ce dernier persistera à soutenir de telles atrocités. Dans ce nouveau livre, Steven Mosher nous fait passer la barrière et suivre la vie d'une infirmière chinoise, née en 49 - dans la semaine où Mao prenait les rennes du pouvoir. Grand Bond en Avant - suivi de la grande famine -, Révolution Culturelle, enrôlement dans les Gardes Rouges : Chi An a tout vécu de l'intérieur, d'abord avec enthousiasme puis avec un oeil de plus en plus critique - mais une bouche cousue, condition essentielle de sa survie. Si le récit qui nous est offert se donne la peine de revenir sur toute une vie, c'est pour nous aider à mieux comprendre le Goulag géant que constitue la Chine maoïste - et post-maoïste, quoi qu'on en dise - et le terreau idéal qu'il constitue pour le planning familial, qui trouve là le moyen d'exprimer à sa pleine mesure son fondement foncièrement totalitaire. Après son mariage (dont les consentements se résument à promettre de suivre la politique de contrôle des naissances du Parti) et son premier enfant, Chi An est contrainte à signer un engagement à ne pas avoir d'autre enfant. Quand son mari obtient une bourse d'étude aux Etats-Unis, elle se voit même plusieurs années durant, contrainte, en tant qu'infirmière, mais avec des réticences croissantes, à diffuser l'idéologie de l'enfant unique puis à l'appliquer (avortements forcés, jusque sur les femmes en travail d'accouchement, poursuites de femmes réfugiées dans la campagne pour accoucher, ...). Lorsque Chi An rejoint son mari aux Etats-Unis en 1985, c'est encore avec la volonté de rejoindre la Chine dès que possible. Tout basculera lorsque l'annonce d'une deuxième naissance dévoilera la velléité du gouvernement chinois d'imposer l'avortement à ses ressortissantes même à l'extérieur ! Pressions exercées par l'intermédiaire des parents restés en Chine, et goutte qui finira par faire déborder le vase et poussera les autorités américaines à reconnaître le statut de réfugiés politiques aux dissidents chinois du contrôle des naissances. Raconté à la première personne du singulier à partir des confidences de Chi An - un pseudonyme visant à éviter des représailles, ce récit est d'une lecture facile et captivante. Son écriture agréable possède la magie de nous permet de plonger instantanément dans l'univers sensoriel et culturel de la Chine, et nous saisit des mêmes sentiments de joie, de peur, de dureté ou de douceur ressentis par son personnage principal. Passé quasi inaperçu en France - car trop gênant pour les élites intellectuelles qui ne cessent de s'émerveiller devant les résultats de la politique chinoise de contrôle des naissances, ce livre constitue un document d'histoire inévitable comme le furent les écrits de Soljenitsyne, à une époque où les mêmes intellectuels refusaient de "désespérer Billancourt". A lire ou à offrir, prêter et diffuser largement. |
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