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Enfant-accident (L')

WEILL-HALLE Lagroua, 1961

Société des Editions modernes

La mémoire est un devoir de l’homme libre. Relire, 30 années plus tard, un ouvrage du Mouvement Français pour le Planning Familial, sous la plume de Mme WEILL-HALLE, son animatrice d’alors, c’est mieux comprendre le présent et préparer l’avenir. Certes, l’ouvrage a été écrit non pas pour libéraliser l’avortement (chaque chose en son temps !), mais pour obtenir la légalisation de la contraception (en utilisant même, au besoin l’argument fallacieux selon lequel plus de contraceptions signifierait moins d’avortements). Mais l’idéologie et les mécanismes de propagande qui feront leurs preuves pour la contraception et seront repris avec succès, dix années plus tard, pour obtenir la libéralisation de l’avortement, sont déjà là :

- notion d’enfant «indésiré», soumis de ce fait, bien évidemment, à de graves risques de troubles caractériels et partant de facto dans la vie avec un handicap ;

- affirmation selon laquelle «la jeune femme, il y a 50 ans, avait une vie conjugale sans joie et se consacrait dans une abnégation totale, souvent voisine de l’inconscience, à l’éducation de ses enfants» ;

- exagération du nombre d’avortements clandestins («plusieurs centaines de milliers», «un demi-million») ;

- utilisation de cas particuliers dramatiques pour obtenir l’adhésion à un projet de loi de portée générale ;

- déformation (jusqu’à l’inversion) des propos des opposants (essentiellement l’Eglise catholique : «l’acte d’amour est marqué du sceau du péché originel. La procréation apparaît comme la seule sanction susceptible de le racheter») ;

- mise en valeur des dissensions internes des opposants (citation de prêtres favorables à la contraception) ;

- dénigrement de la position adverse, décrite à la fois comme arriérée et inefficace («plutôt qu’une plus stricte discipline des moeurs, cette prise de position de la hiérarchie catholique ne va-t-elle pas favoriser l’obscurantisme des masses catholiques»; «l’homme que nous voyons s’agiter sous nos yeux dans ses croisades contre le Birth Control est encore un homme du XIX° Siècle qui ne conçoit pas la société sans prédominance masculine (...) mais cette minorité de la femme à laquelle il tient se trouve directement liée à sa propre minorité, à son manque de maturité, à son aliénation dans le mythe. La survivance de cette mentalité archaïque est finalement le seul frein à l’avènement d’une société adulte, débarrassée enfin de ses préjugés, ouverte sans crainte au planning familial, lui-même démystifié de ses origines néo-malthusiennes [tiens ?], c’est-à-dire au seul service de la personne humaine.»)

Au passage, on apprend [ou ré-apprend] d’interessants détails concernant l’origine du Planning Familial : «La Ligue néo-malthusienne internationale s’est transformée en 1930, en Fédération mondiale des organismes de Birth Control pour prendre finalement le nom d’International Planned Parenthood Federation [IPPF, Fédération Internationale du Planning Familial]»...

Plus intéressant encore, Mme WEILL-HALLE semblait vouer un culte sans faille à l’exemple soviétique : «les Soviétiques combattent l’idée du contrôle des naissances qu’ils jugent lié au maintien des vieilles hiérarchies, à une politique de réaction et d’impérialisme, mais ils l’envisagent chez eux comme un facteur d’équilibre, de planification et de progrès»; «L’année dernière ce sont trois médecins soviétiques qui se sont rendus à Londres, à l’invitation de l’Association du Planning Familial (Family Planning Association). Un manuel d’enseignement à l’usage des médecins de toutes les Républiques d’URSS est en cours de rédaction et un Comité Scientifique spécial a été mis sur pied. Le Pr Boleslav Smoulevitch a bien caractérisé cette initiation dans un article publié en juillet 1958 par Les Nouvelles de Moscou : «En Union Soviétique où existe une puissante économie socialiste, où la protection de la santé publique et le niveau de vie des peuples s’améliorent sans cesse, le gouvernement

encourage l’accroissement de la population non seulement en prenant des mesures propres à réduire la mortalité, mais aussi en stimulant la natalité. Mais cela ne veut pas dire qu’il existe dans notre pays des restrictions quelconques à l’emploi des moyens anticonceptionnels. Chez nous, les époux sont libres de déterminer eux-mêmes le nombre de leurs enfants, mais l’Etat crée toutes les conditions pour l’accroissement de la famille»»



Trois décennies plus tard, décennies de souffrance pour le peuple des «lendemains qui chantent», nous pouvons constater combien Mme WEILL-HALLE s’est trompée en applaudissant le système soviétique. Combien d’autres années de souffrance devrons-nous subir, nous, le peuple de la «libération sexuelle», avant de réaliser qu’elle s’est tout autant trompée en fustigeant les «normes sexuelles périmées» et l’»obscurantisme» des partisans du respect de la vie ?



Nota : Une dizaine d'année après la parution de ce livre, Mme WEILLE-HALLE, dans un nouvel ouvrage, a publiquement pris ses distances avec l'idéologie du Planning Familial qu'elle avait promu antérieurement.

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