Logo TransVIE

Accueil
Catalogue

Notices bibliographiques

Salvg Regina

Hortense DUFOUR, 1996

Rocher
220 p. 100 F

En l’an 2000, la situation de l’avortement s’est radicalement retournée, sinon dans les faits, du moins dans les moeurs de l’Amérique (puritaine, il va de soi). Des malades du Sida repentis escortent une Miss America qui, a vingt-deux ans, milite pour la virginité et la cause Pro-Life (p. 61), dans un show hypocrite qui se termine en coulisse par des orgies sexuelles. Tout cela donne des ailes au mouvements pro-vie français.
La concurrence est ferme, dans la banlieue parisienne, entre la clinique de l’Immaculée-Conception et l’hôpital. La première est tenue par le Pr. Levier, dans la soixantaine, froid, calculateur, conspirateur, assuré d’appuis puissants, refusant les péridurales («que de fautes rachète une couche terrible» p. 10). Les femmes sont pour lui le diable en personne, et ne peuvent espérer se racheter avant d’avoir porté dans les douleurs au moins six enfants, afin de «reconstruire une France redevenue cette fille ainée de l’Eglise» (p. 12). N’a-t-il épousé sa femme pour une dot ?» (p. 19). Eduqué ses enfants à la dure, refusant de changer les chaussures trop étriquées et imposant la douche froide (p. 21) ? Avec Constantin Hournerie, un admirateur du Maréchal Pétain, ils ont rejoint l’association «La Trêve des Anges», où ils ne rêvent que de «traquer et enfermer pendant neuf mois les porteuses sans vergogne »(p. 25), et cotoient de vieilles filles de 50 à 88 ans, pas moins. Dans sa clinique, pas d’avortement.

Hortense DUFOUR a choisi la dérision et l’exagération : les «Pro Life» de «La Trêve des Anges» et leur blonde et pulpeuse mannequin de choc «Vampa» sont grotesques, méchants, froids, calculateurs, obsédés par une sexualité réprimée et un rêve de retour à l’Inquisition, machistes, pétainistes, natalistes, menteurs, hypocrites, poltrons, bigots, violeurs, insensibles à la détresse humaine, sadiques, dédaigneux envers les enfants, moralisateurs et meurtriers. Dans leur clinique « verdâtre», «l’Immaculée Conception», on accouche dans la douleur, qu’on le veuille ou non, sans anesthésie même locale et aux fers. Leur passe-temps préféré : envahir les salles d’opération en plein milieu des ... accouchements (sic!). Au cour de ces commandos invraisemblables, on les surprend à mordre à plein dentier les molets du personnel qui passe à leur portée. La pauvre Elise Liberman, leur bête noire, dirige quant à elle le service de gynécologie de l’hôpital public, ultra-moderne, lumineux et chaud, où les femmes en détresse trouvent refuge pour un accouchement sous péridurale (ou, selon leur désir, selon la méthode sophrologique) ou un avortement «sans danger». C’est une femme exquise, qui aime les enfants, pleine de compassion, de doutes humains, stoïque sous les adversités afin de remplir sa mission : «plus jamais ça !» (l'avortement clandestin, bien sûr). Sa passion : les accouchements, donner la vie ! Mais donner la vie, c’est aussi parfois réaliser les avortements. Elle n’aime pas ça, mais elle sait se dépasser quand il le faut... Son mari aussi, un agnostique, fidèle en amour, se bat chaque jour pour le bien de l’humanité, dans l’invension d’un sérum permettant de prolonger les jours des vieillards (image du Pr. Baulieu et de sa mélatonine), et surtout dans le service de fécondation in-vitro qu’il dirige et où tout n’est que calme et sérénité ... jusqu’au jour où la sisanie va apparaître : un traître pro-life s’est infiltré dans l’équipe. Vol de fichiers, tentative de harcèlement sexuel, mélange d’embryons, la crapule sordide ne reculera devant rien. Meurtres et délits perpétrés par les pro-life s’abattent en tornade sur la pauvre communauté qui résiste vaille que vaille pour préserver un peu de liberté et de bonheur aux femmes...

Tout ce roman prêterait à sourire si ce n’était par de tels procédés (dénigrement et diabolisation, incitation à la haine) que se sont préparés de tout temps les progroms. Car Salve Regina va loin. La qualificatif de roman affublé par les auteurs ne saurait masquer totalement qu’une cible très précise et bien réelle de la population française actuelle (le mouvement pro-vie) est directement vouée à la vindicte populaire dans des termes explicites («On ne discute pas avec des malades mentaux. On les analyse, comme on analyse des excréments» (p. 77). «Le professeur Levier [«la Trêve des Anges»] et le siens, exaltés, avaient à leur tour besoin d’une Haute Action» [référence, interne au roman, à un acte de vengeance (en fait un commando d’extermination) d’une tribu de squaws (image du mouvement féministe) contre une secte aberrante - et pro-vie] p. 215.).

Nous passerons sur les inexactitudes (loi Veil orthographiée Weil, avortement salins soi-disant préconisés par le mouvement pro-vie, embryologie érronée («mise en place des reins au cinquième mois» p. 101), etc), sur les amalgames volontaires (militants pro-vie censés portés de pancartes «la masturbation est un génocide» p. 80), sur la récupération de la personne du Christ dans un sens pro-avortement (p. 170), sur l’irrévérence religieuse, sur l’eugénisme diffus («Karl proposait un système détectant l’autisme chez l’embryon. Des génies naitraient au milieu du XXIe siècle, plus jamais des débiles mentaux» (p. 176)).
Hortense Dufour n’en est pas à son premier roman. Son style est alerte. Qu’elle eait reçu plusieurs prix n’obligera pas néanmoins le lecteur à forcément admirer un choix de mots, qui, loin de résulter d’une pure décision stylistique, porte une telle charge d’aggressivité.
On sait aujourd’hui que les écrits peuvent tuer, et l’on s’étonne que les éditions du Rocher (Monaco) aient accepté de prendre la résponsabilité d’une telle publication.


Précédente - Fiche 430 - Suivante


© TransVIE - Tous droits réservés - Transvie • Nous contacter