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Apartheid of sex. A manifesto on the freedom of gender (The) |
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Martine Rothblatt, 1995HarperCollins Pub178 p. £ 8 |
Martine Rothblatt est transsexuel - juriste, il a été marié et père de famille avant de découvrir, comme il l’explique, son “véritable genre” féminin et de commencer à s’habiller de manière féminine. Il est vice-président du Comité bioéthique de l’Association Internationale des Juristes. La récupération du terme “genre” à des fins de revendications politiques n’est pas très connue en Europe, et encore moins dans les pays latins. C’est pourquoi les militants pro-vie ne mesurent pas toujours son extension outre-Atlantique, ni, surtout, l’ampleur des enjeux et des batailles que livrent à son propos les organisations ultra-féministes ou homosexuelles dans les couloirs et les comptes-rendus des conférences internationales de l’ONU. Il s’en est manqué de peu, en 1995, que la notion de genre soit inscrite dans la Déclaration finale de la Conférence de Pékin. Pour en comprendre la nature exacte, il est intéressant de remonter à des sources anglo-saxonnes. L’ouvrage de Rothblatt est à ce titre exemplaire. Usant des ficelles dialectiques bien connues sur l’oppression dont l’humanité serait victime du fait des distinctions arbitraires (selon lui) entre le sexe féminin et le sexe masculin, l’auteur réclame une liberté totale pour chaque personne de définir son propre genre, indépendamment de ses gènes, de ses organes sexuels ou de quoi que ce soit. La notion de genre, dans cette logique, dépend entièrement du libre choix de l’individu - la classification ne portant plus, au demeurant sur un mode binaire, mais sur une palette “arc-en-ciel” composée d’associations infinies des trois couleurs primaires : jaune (agressivité, propension à dominer sexuellement), bleu (propension au maternage), rouge (érotisme, propension à rechercher le contact sexuel ou à exhiber son genre). Il existerait ainsi une infinité de genres, aussi individuels que les empreintes digitales. A titre d’exemple, une personne”citron vert” serait une personne légèrement dominatrice (1/3 de jaune), essentiellement maternante (2/3 de bleu) et pas du tout sexy (0/3 de rouge)... Tout ceci prêterait à sourire si les revendications se limitaient à la sphère privée. Rothblatt revendique en fait l’adoption de mesures publiques conséquentes : la libération sexuelle qu’il préconise comporte deux points clés (si on laisse de côté la revendication hilarante -mais détaillée avec le plus grand sérieux dans un chapitre entier - de suppression des distinctions entre toilettes pour hommes et toilettes pour femme) : suppression de toute barrière au mariage entres personnes, quels que soient leurs “genres” réciproques ; suppression de l’enregistrement du sexe dans les formulaires d’Etat civil (notamment à la naissance) et dans toute procédure administrative (sondages, statistiques, etc). Modifications légales accompagnées d’une refonte du langage afin d’en supprimer tout caractère sexué. Les arguments scientifiques invoqués au secours de la notion de genre méritent le détour, ils témoignent de la fragmentation des sciences et de l’incapacité de nos contemporains à produire une vision globale de l’homme. Il n’est pas impossible que le "genre" ou des dérivés s’imposent tôt ou tard à la politique européenne. Le Parlement européen a même déjà été parcouru de courants forts en ce sens. Mieux vaut donc savoir de quoi l’on parle en la matière. |
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