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Avortement et le lien maternel. Une autre écoute de l’interruption volontaire de grossesse (L')

Isabelle TAMIAN-KUNEGEL Préface du Dr. Jean REBOUL, 1997-02

Chronique sociale, Lyon
138 p. 90 FF

Est-ce l’effet de la mise en place de
sessions de guérison post-avortement dans les mouvements pro-vie ou l’expression d’un malaise et d’une prise de conscience générale devant les ravages psychiques de l’avortement ? Toujours est-il que les «entretiens post-IVG» fleurissent là où on les attend le moins, c’est à dire dans les cliniques et les centres d’avortement rebaptisés «centres d’orthogénie».

La plupart n’ont pas d’autre but en réalité que de dispenser le temps d’une unique consultation un discours contraceptif visant à s’assurer que la patiente ne récidivera pas trop vite, faisant ainsi l’impasse sur des réalités psychologiques bien trop complexes pour se suffire de tels conseils.

Il faut savoir gré à Isabelle Tamian-Kunégel, docteur en psychologie et conseillière conjugale, d’avoir eu l’intuition et le courage de rechercher derrière la demande d’avortement des détresses et des immaturités plus profondes, quitte à montrer en conclusion que l’exercice concret de la prétendue liberté d’avortement n’est bien souvent que le signe d’une incapacité fondamentale à se libérer et à s’assumer : «Cette expérience de l’avortement que la fille fait en opposition à sa mère, dans le dos de celle-ci, cette «maternité à l’envers» n’est en fait que l’expression d’un attachement à la mère qui subsiste dans son sens le plus primitif, c’est-à-dire une incapacité à maintenir une distance viable qui conduirait à l’indépendance et à l’autonomie psychique où la maternité prendrait sa place. (...) L’avortement participe à créer une sorte de cercle infernal conduisant à l’enfermement de la fille sur elle-même, à une position de repli de petite fille démunie et dévalorisée face à une mère ressentie comme toute-puissante et ne débouchant pas vers une conduite de vie et d’ouverture au réel. (...) En effet, l’illusion du confort qu’est censée procurer l’IVG renvoie la femme à une incapacité à se situer dans une filiation maternelle. Car il n’est pas facile de procréer, de prendre et de donner place dans l’alliance et la filiation» (p. 128). Cet extrait, où le complexe d’Oedipe constitue la trame de l’explication, donne aussi la mesure des limites de l’ouvrage, profondément - quoique non exclusivement -freudien.Les entretiens qui sont à l’origine de l’ouvrage ont été menés dans un centre d’avortement de Lyon, avec des femmes de tous âges, volontaires, qui sont revenues généralement chaque mois pendant quelques trimestres. Dix études de cas sont incluses en milieu de pagination et forment une charnière entre une première partie où l’auteur décrit les théories psychanalitiques existantes sur le désir d’enfant, la grossesse, les enjeux de la contraception, le désir et le refus d’enfant dans l’avortement, le deuil de l’enfant imaginaire et l’avortement à répétition, et une seconde partie où, à la lumière des cas cliniques présentés, Mme Tamian-Kunégel élabore une critique des notions précédentes et élabore une théorie assez originale dans laquelle l’avortement serait surtout l’expression d’un attachement excessif à la mère, soit que la femme cherche à imiter sa mère, soit qu’elle cherche à s’y opposer - facettes jumelles d’une même incapacité à prendre ses distances et son autonomie psychique.

Une bibliographie très intéressante, francophone achève l’ensemble et permet au lecteur de mesurer la pauvreté de la recherche psychiatrique en matière d’avortement, un des actes hospitaliers pourtant les plus fréquents de notre société. Il est vrai que l’auteur n’a retenu qu’une seule référence émanant de chercheurs défavorables à l’avortement (sur près de 150 notes bibliographiques). Certaines références émanent même de personnes pratiquant elles-mêmes cet acte et connues pour leur engagement militant, tel que le très célèbre canadien Morgentaler.

On ne peut manquer d’être gêné par l’approche purement psychanalytique des «entretiens post-IVG» proposés dans le cadre de ce travail. Les entretiens sont dits semi-directifs mais on ne ressent à aucun moment la chaleur d’une relation inter-personnelle visant non pas seulement à offrir à la femme un espace d’expression, ce qui n’est certes pas rien, mais également à l’aider positivement, activement. La neutralité de l’écoutante est relativement complète, et c’est ainsi probablement qu’elle a été voulue dans l’esprit de la psychanalyse freudienne. On ne peut s’empêcher de penser pourtant que l’on n’a pas affaire ici avant tout à un matériel d’étude mais à des personnes en souffrance pour lesquelles une compassion (ne serait-ce qu’humanitaire) s’impose. A ce titre, on est frappé par le peu de considération portée aux autres membres de la famille, aucune aide n’ayant semble-t-il été proposée aux maris (ou concubins). L’ensemble de l’analyse de Mme Tamian-Kunégel s’appuie sur un postulat selon lequel l’avortement serait plus le résultat d’un désordre psychologique (qu’elle essaie de comprendre et d’expliquer) que lui-même la source de nouvelles blessures. Il en résulte à notre sens une conception tronquée de l’entretien post-avortement, qui s’arrête à mi-chemin, en proposant certes de résoudre les problèmes ayant conduit à l’avortement, mais en faisant l’impasse sur ceux créés par l’avortement, un peu comme s’ils n’existaient pas (mais sans doute peut-on voir ici l’expression d’un tabou de société qu’il eut été difficile pour l’auteur de percer). Son ouvrage mérite malgré les limites que nous venons d’identifier une attention certaine de la part des milieux de la santé et de tous ceux qui, dans le mouvement pro-vie et en dehors, côtoient et accueillent les femmes en détresse, avant comme après un avortement. L’auteur a pris soin d’éviter un verbiage trop hermétique rendant l’ouvrage relativement accessible mais l’ensemble reste quand même réservé à des personnes ayant un minimum de formation (ou tout du moins d’expérience) en psychologie et relations humaines, et une capacité de recul affectif et intellectuel.
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