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Invention du foetus (L') |
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Brabara DUDEN. Traduit de l’allemand par Jeanne Etoré., 1991Descartes & Cie, 1996171 p. 100 FF |
L’auteur se présente comme une historienne des concepts, et son propos n’aurait, selon elle, d’autre but que d’expliquer comment la perception du foetus comme entité autonome sujet de droit serait une invention récente, totalement étrangère à la perception commune de l’Occident jusqu’à la fin du 17e siècle, où elle commencerait à apparaître lentement, entraînée par une succession d’évènements dont l’importance première semble imperceptible, et dont la dernière manifestation en date serait la publication de masse des photographies intra-utérines de Lennart Nilsson dans la revue Life, le 30 avril 1965. Si ce n’est que dans les toutes dernières pages que l’on obtient la preuve que Barbara Dunden est membre de Pro Familia, la filiale germanique de l’IPPF (Fédération internationale du Planning Familial), l’affirmation de neutralité est démentie, elle, dès les premières pages, et nous ne nous attarderons pas sur ce point, sinon en laissant le lecteur en juger à la lecture de l’introduction «Ce dont je veux parler, c’est de la façon artificielle dont ce foetus a été généré ; c’est de la manière dont la femme enceinte est devenue le territoire utérin en charge d’un foetus normalisé ; c’est des sophismes pseudo-scientifiques et des sermons pseudo-traditionnels qu’impose aux femmes cette vie dont elles croient devoir endosser la responsabilité ; c’est de la manière dont le foetus, une fois admis, dépossède la femme de son corps et la dégrade au rang d’une cliente qui a besoin non seulement d’assistance, mais de conseils. En soulevant ces questions, j’entends attirer l’attention sur la possibilité de refuser les contraintes intellectuelles et psychiques de la grossesse» (p. 11). «J’espère puiser dans l’histoire de la grossesse telle qu’elle a été vécue, des perspectives permettant de tracer une frontière entre le vécu personnel et les stades d’organisation biologique qu’on a instrumentalisés pour fabriquer une fausse réalité» (p. 11). «Fausse réalité» : tout l’ouvrage se résume en ces mots. L’auteur n’a de cesse ni d’arrêt qu’elle n’ait démontré que le foetus, bien loin d’avoir une existence autonome, n’est rien qu’un artéfact des techniques d’investigations scientifiques. Et c’est bien là que Barbara Dunden s’égare. Car on veut bien admettre que les techniques d’exploration (ultrasons, microscopes électroniques, photographies, cartes génétiques, etc) ne sont pas la réalité, mais une image de la réalité, et Barbara Dunden n’a rien inventé sur ce point. De là à affirmer que la seule preuve de l’existence du foetus serait la reconnaissance du premier coup de pied par la femme gravide, et qu’en dehors de cette reconnaissance, le foetus n’existe pas, qu’il est une fiction et un artéfact au sens épistémologique du terme, il y a un gouffre où il est difficile de s’engager. Barbara Dunden nous refait le coup de l’autruche (je ne vois pas le foetus, donc il n’existe pas) et cela ne mérite probablement pas le détour, si ce n’est pour glaner au passage quelques anecdotes historiques sur la naissance de la biologie moderne ou la législation allemande au regard de l’avortement. Mais au second degré, la publication d’un tel livre illustre un fait des plus significatifs : L’invention du foetus n’est finalement rien d’autre qu’une tentative désespérée (et forcément vouée à l’échec) du mouvement pro-avortement de nier une réalité de plus en plus incontournable : la vie pré-natale. La génération de mai 68 a bâti le droit à l’avortement contre une abstraction sans visage, ou presque : l’enfant-à-naître. En 1990, la pirouette est de plus en plus acrobatique : à l’heure où se développent les opérations de chirurgie in-utéro, et où l’on peut affirmer avec une certitude quasi absolue qu’un embryon est porteur d’une maladie spécifiquement humaine telle que la trisomie 21, il devient périlleux de soutenir qu’il n’est rien. Pour faire avaler la pilule, les moyens ordinaires ne suffisent plus. Il a fallu ici faire appel à l’autorité d’une historienne, et l’on ne sait ce qui nous attend demain. Encore que l’écriture, au demeurant très bien traduite, ne soit pas sans faille, puisqu’elle recourt à des figures dialectiques grossières (notamment l’amalgame «Le Bundestag, les anabaptistes, le Pape et une foule de personnes bien pensantes ...» (p.143)) et que les titres choisis suffisent à eux seuls à faire dresser l’oreille («Le foetus moyen de Haarlem», «Une fiction juridique dans le ventre d’une femme», «Un néoplasme dans le ventre», «La police utérine», etc.). |
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