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Malthus et les deux Marx. Le problème de la faim et de la guerre dans le monde |
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Alfred SAUVY, 1963Denoël Gonthier, Paris235 p. |
Parce qu’il s’est exprimé avec lucidité sur le naufrage démographique de l’Occident, dont il fut l’un des premier à percevoir les signes, Alfred Sauvy occupe une place souvent disproportionnée dans l’imaginaire des mouvements pro-vie. C’est oublier qu’il fit preuve à l’égard des programmes de contrôle des naissances dans le tiers-monde d’une ambivalence regrettable. Malthus et les deux Marx, écrit en pleine guerre froide, décrit ainsi l’histoire démographique récente du monde, ponctuée de dialogues imaginaires entre Malthus, figure emblématique des Etats-Unis, partisans du strict contrôle des naissances, et (Karl) Marx, figure emblématique de l’URSS dont l’ancien discours s’opposait au malthusianisme mais que les nouvelles stratégies politiques rapproche désormais de son rival dans une volonté commune d’hégémonie. A cet égard, Alfred Sauvy a su percevoir le rapprochement inévitable d’intérêt des deux totalitarismes soviétique et ultra-libéral si bien décrit par Mucehl Schooyans dans La dérive totalitaire du libéralisme. Mais c’est aussi un Alfred Sauvy lui-même malthusien à son corps défendant qui écrit Malthus et les deux Marx. D’un malthusianisme évolué, tempéré par le refus des méthodes coercitives brutales de contrôle des naissances, mais favorable néanmoins à une coercition larvée par le biais des incitations et d’une éducation orientée vers une plus grande acceptation des contraceptifs. Sur ce tout dernier point, Alfred Sauvy n’échappe pas au tort dont il accuse les “démographes de salons”, et, mal informé probablement, fait l’impasse sur la dérive abortive des contraceptifs - les mécanismes d’action de la “pilule” étant pourtant connu au moment où fut écrit ce livre. Malthus et les deux Marx constituent en définitive un divertissement intéressant pour qui appréciera de se replonger dans le style des prospectives démographiques de l’après-guerre et dans la sensibilité tiers-mondiste des années Castro. Pour le mouvement pro-vie, c’est un bon moyen d’exorciser une espèce de fascination pour un personnage qui, s’il eut des accents prophétiques, n’en était pas moins homme soumis aux erreurs et aux propagandes de son temps. responsables de ces pays mesurent l’impact et les dangers du surpeuplement (...). L’Afrique est déjà incapable de nourrir sa population actuelle ; or, son taux de croissance diminue quand sa démographie augmente, creusant un véritable gouffre alimentaire» (p. 131). «La stabilisation de la population mondiale constitue une nécessité cruciale» (p. 132). |
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