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Pour en finir avec la politique mensonge |
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Jean-François MATTEI, 1992Table Ronde, Paris206 p. 85 F |
«Avec la trahison de la justice et de la morale, la fin des idéologies, notre société est à la dérive» (p. 9). «Le libéralisme, dans mon esprit, c’est le respect de l’homme et la liberté de chacun» (p. 43). «On ne peut accepter le comportement d’un homme ou d’un groupe économique qui tenteraient de survivre en dévorant les autres» (p.44). «Il s’agit de (...)veiller à la défense des plus démunis» (p. 60). «Dans tous les cas, à partir d’un spermatozoïde et d’un ovocyte, une vie est en marche dans un oeuf contenant le programme génétique destiné à faire un être humain et rien d’autre. Cette vie débutante est donc bien une vie humaine ; raisonner autrement serait hypocrite» (p. 73). «Il est toujours possible de mentir à soi-même et d’inventer des arguments pour justifier le droit à l’enfant, de concevoir ou d’avorter selon les circonstances. Je ne crois pas précisément que ce soit là le secret du bonheur. On ne triche pas avec la vie. On ne triche pas avec l’enfant» (p. 76). «Est-il imaginable d’avorter un foetus pour éviter que le sujet devienne dément lorsqu’il atteindra soixante ans ? Si nous poursuivons la logique de ce raisonnement, c’est dans quelques années le diagnostic prénatal de la mort qui sera exigé. La mort étant connue faudrait-il pour l’éviter tout simplement l’anticiper ?» (p. 80). «Décider de donner la mort à un enfant dans le sein de sa mère pour éviter qu’il ne s’achemine inexorablement vers une mort connue, c’est décider à sa place. (...) Plutôt que de les accompagner dans leur destin inéluctable, il serait plus facile de les supprimer sous prétexte de les épargner» (p. 80). «Il est plus que jamais nécessaire de redéfinir les grands principes qui garantissent le respect de la personne humaine, de sa dignité, de la souffrance et de la mort» (p. 83). «La tentation de lier le destin au génome risque en effet d’aboutir à la définition d’une normalité génétique. Quand on saura reconnaître avec certitude les citoyens chez lesquels surviendront certaines maladies à la charge de la société, l’Etat pourrait encourager le dépistage systématique et favoriser la suppression des porteurs de gènes non désirés pour finalement inciter à l’interruption de grossesse des foetus menacés. (...) Si la société faisait ces choix pour des raisons économiques, elle y perdrait son âme et se pervertirait. Il lui revient en effet de réduire les inégalités en protégeant les plus faibles et les plus démunis, et pas d’institutionnaliser les différences en classant les hommes selon leurs forces et leurs faiblesses» (p. 85). «Parmi les différences, il en est qui nous ébranlent : les infirmités et handicaps irrémédiables. Doit-on les supprimer plutôt que les partager ? Si elle faisait ce choix, je crois que notre civilisation s’engagerait dans le chemin du néant, et s’y perdrait» (p. 88). «Le dépistage [de la trisomie 21] a été organisé. Ce n’est pas un progrès ; peut-être est-ce un moindre mal ! C’est à coup sûr un échec de la pensée, une faiblesse hypocrite cachée derrière le paravent des mots. La suppression des mongoliens est devenue prévention ; l’avortement est qualifié de thérapeutique bien qu’il tue sans soigner. Que ne ferait-on pour apaiser sa conscience ! Il nous faudra trouver beaucoup de mots encore pour expliquer la suite, car nous avons mis le doigt dans un engrenage infernal. (...)Il y aurait deux catégories d’enfants, les trisomiques 21 qu’il faudrait supprimer et les autres ayant le droit de vivre. Un pareil raisonnement» (p. 90). «La dérive eugénique s’accompagne d’une dérive normative tout aussi dangereuse» (p. 90) «La société se trompe en introduisant des discriminations entre différentes catégories d’êtres humains. Sa vocation est de protéger, pas d’éliminer. La suppression des différences, même dans le souci de bâtir le bonheur des individus, induirait un comportement totalitaire et l’étatisation des personnes. De pareilles conduites ont déjà été adoptées dans le passé ; l’expérience montre qu’on ne peut transiger» (p. 95). «Nous sommes libres, mais pas de faire n’importe quoi. Sinon, c’est le chaos, la loi du plus puissant - ou du plus salaud» (p. 101) « Si le respect de l’homme cessait d’être une valeur indiscutable, la civilisation serait menacée» (p. 102). «Il faudrait aujourd’hui réaffirmer le principe du respect de l’être humain dans sa dignité pour que toutes les dispositions le concernant deviennent d’ordre public. Garantir le respect de la vie humaine dans son intégrité dès la fécondation» (p. 106). «La France n’a pas de politique familiale digne de ce nom. La natalité n’est pas encouragée, les femmes au foyer ne sont ni considérées, ni suffisamment aidées et les structures d’accueil pour les femmes en difficulté ou les enfants de tous âges sont insuffisantes» (p. 195). «Un pays qui n’a pas assez d’enfants ou qui les dévalue en les considérant comme enfant-droit ou enfant-objet est en danger de mort» (p. 196). «Plus je réfléchis à ces problèmes, plus je suis convaincu que l’avenir de l’homme est lié à la redécouverte du sacré dans sa vie» (p. 197). Qui est l’auteur de si belles lignes ? Jean-Paul II ? Mère Térésa ? Vaclav Avel ? Jean-François Mattéï, député des Bouches-du-Rhône, auteur de la loi sur la bioéthique de 1994 consacrant l’instrumentalisation de l’embryon, objet du désir parental, et qui proposa et obtint précisément, dans une logique implacable, la destruction des embryons de plus de cinq ans déclarés «sans projets parentaux». Jean-François Mattéï, rapporteur pour Hervé Gaymard, qui proposa et obtint, en novembre 1996, l’extension du remboursement du dépistage de la trisomie 21. L’effet de surprise passé, les organisations pro-vie ont appris à se méfier des belles paroles trahies dans les actes. Il demeure que la candeur avec laquelle le député Mattéï, en gardant la tête haute, parvient à affirmer le contraire de ce qu'il fait, continue d’étonner. La pensée de Jean-François Mattéï pêche sur plusieurs points. Nous en avons relevé cinq*. Mais devait-on attendre d’observer les ravages d’une telle idéologie pour s’en offusquer ? Pour en finir avec un politique du mensonge est paru dans les librairies en 1992. Jean-François Mattéï était déjà député et l’examen des lois sur la bioéthique entreprit. Le mouvement pro-vie n’est pas pardonnable d’avoir tant tardé à comprendre ce qui l’attendait. Il eut été utile d’étudier Pour en finir avec le politique mensonge pour se préparer à contrer l' argumentation qui permit à l'auteur d’obtenir l’adhésion d’une Assemblée nationale amorphe. Mais il n'est peut-être pas trop tard : tôt ou tard, et même dès 1998, la bioéthique reviendra sur le devant de la scène. Jean-François Mattéï rode toujours au Parlement. *Parmi les erreurs relevées : A - Confusion entre la charité et la faiblesse : «Qui pourrait humainement refuser de pratiquer l’analyse dont pourtant la sanction possible est la mort avec l’interruption volontaire de grossesse ?» (p. 78). «Administrer la mort pourrait-il être un acte d’humanité ? Bien sûr, le fardeau est parfois lourd. Des situations de souffrance et de détresse extrêmes peuvent justifier des attitudes exceptionnelles» (p. 81, à propos de l’euthanasie). «Il faudrait admettre que si la règle est évidemment le respect des principes énoncés, il faut savoir y déroger dans des conditions strictes et définies, notamment dans les cas de détresse» (p. 106). B - Naïveté sur l’usage de la liberté humaine, inversion de la notion de responsabilité et confusion sur la nature de l’eugénisme, nié lorsqu’il procède de décisions individuelles : «Quand l’opinion publique s’impose à la conscience individuelle, il n’y a plus de libre-arbitre et personne n’est plus responsable » (p. 82). «Il faudrait admettre que si la règle est évidemment le respect des principes énoncés, il faut savoir y déroger dans des conditions strictes et définies, notamment dans les cas de détresse. Il faut ainsi replacer l’homme devant ses responsabilités avec une certaine solennité» (p. 106). «On peut toujours comprendre les décisions cruelles qui reflètent la détresse humaine, mais quand les problèmes individuels sont remplacés par un système collectif de politique de santé publique, alors la raison s’égare dans la confusion des faux-bons sentiments auxquels s’ajoutent les soucis d’argent» (p. 90). C - Confusion entre liberté et laissez-faire, entre protection de la vie humaine et conservatisme «Redoutant le carcan d’un nouvel ordre moral, les responsables politiques craignent d’apparaître comme des conservateurs rétrogrades dans un monde en évolution. Une telle conception serait évidemment inacceptable et d’ailleurs incompatible avec l’idée de liberté» (p. 76). D - Opposition du progrès et de la morale, remplacement des interdits par des palabres éthiques : «Un écueil doit être évité : céder à l’affolement. Le doute, la peur de jouer aux apprentis sorciers suggéreraient à certains de tout arrêter» (p. 98). «La vraie solution, à mon sens, consiste à accompagner ces progrès par des progrès dans la réflexion» (p.99). E - Malthusianisme : «La croissance démographique et économique provoque une saturation de l’environnement physique par la multiplication des pollueurs et l’urbanisation d’un espace naturel limité» (p.124). «Il faut harmoniser l’évolution des populations humaines, des ressources naturelles accessibles, de l’environnement et du développement économique et social» (p. 129). «Dans ces pays [pauvres], la corruption, la gabegie, la tyrannie et le surpeuplement ont engendré le désespoir»(p. 130). «Il faut que les responsables de ces pays mesurent l'impact et les dangers du surpeuplement (...). L'Afrique est déjà incapable de nourrir sa population actuelle ; or, son taux de croissance diminue quand sa démographie augmente, creusant un véritable gouffre alimentaire» (p. 131). «La stabilisation de la population mondiale constitue une nécessité cruciale» (p. 132). |
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