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Evangile face au désordre mondial (L')

SCHOOYANS Michel. Préface du Cardinal Ratzinger, 1997

Fayard
346 p. 120 FF

On sait bien désormais que les civilisations peuvent mourir, mais Michel Schooyans possède une qualité d'écriture rare : celle de les faire évoluer sous nos yeux dans une accélération cinématographique où les années deviennent des secondes (en témoigne notamment ce passage de la page 204 : "Une société qui, au nom du pluralisme, pousse l'affirmation de la liberté individuelle jusqu'au paroxysme est une société qui tend à rejeter tous les repères. Dans une telle société, il n'y a plus place pour des repères reconnus par tous. Cette société sombre d'abord dans le scepticisme et ensuite dans le cynisme ; elle finit par se décomposer elle-même : elle est happée vers l'anarchie, c'est-à-dire qu'elle se transforme en jungle".).

Cette capacité de recul, alliée à l'usage des mots justes, dans une écriture simple et accessible, constitue toute la force de l'auteur et en fait l'analyste pro-vie le plus prodigieux de sa génération. La dérive totalitaire du libéralisme réalisait le tour de force de vulgariser et de rendre palpables les fondements idéologiques communs de deux totalitarismes, le marxisme et le libéralisme, mais l'analyse, titanesque, laissait le lecteur pantois, dans un sentiment d'impuissance.

L'Evangile face au désordre mondial corrige le défaut sans répétition. Ne se substituant pas à La dérive totalitaire du libéralisme, il en dissèque plus finement les rouages et en approfondit encore l'intuition prophétique, tout en réactualisant les modalités.

Les cinq premiers chapitres ("la vie humaine menacée", "la coalition idéologique du "genre"", "le "nouveau paradigme" de l'OMS", "le Nouvel-Age son paradigme et ses réseaux", et enfin "périls sur les droits de l'homme") décrivent les fondements idéologiques des attaques dont la vie humaine est la cible, insistant moins cette fois sur le clivage apparent du marxisme et du libéralisme, mais en recherchant au contraire les thèmes philosophiques ou hérétiques récurrents à travers l'histoire qui sous-tendent les comportements anti-vie actuels.

Le chapitre 6 ("le bonheur c'est d'aimer") constitue la charnière de l'ouvrage. Ayant identifié dans les premiers chapitres, à la source des difficultés actuelles, une anthropologie trompeuse et une fausse conception de la liberté et du bonheur, Michel Schooyans propose, en s'appuyant sur le message évangélique, repris dans l'enseignement de l'Eglise catholique, une conception diamétralement opposée de l'homme, être aimé de Dieu dont le bonheur réside non dans l'accaparement (tant de sa vie que de celle de l'autre), mais dans le don. Cette anthropologie est précisée et "incarnée" d'un point de vue pratique dans deux chapitres consacrés à l'accueil du non-né (avortement) et le respect du mourant (euthanasie).

Les derniers chapitres proposent des solutions individuelles (notamment dans le sein de la famille) et institutionnelles, et se terminent par des considérations plus spécifiquement théologiques sur le rôle prophétique qui revient à l'Eglise dans l'annonce de l'Evangile de la vie - l'ensemble de l'ouvrage constituant en fait une vulgarisation de l'Encyclique Evangelium vitae dont il reprend le canevas :

- identification des atteintes contre la vie,

- réaffirmation de ce qui fonde la dignité et le bonheur de l'homme,

- invitation des hommes de bonne volonté à l'action concrète.

Il en découle qu'une étude parallèle des deux livres, s'éclairant l'un l'autre, pourrait utilement occuper le programme d'un cours de philosophie moderne - complété au besoin par "La dérive totalitaire du libéralisme" dont l'analyse philosophique est plus systématique.
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