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Souffrance et dignité humaine

SCHATTNER Mikaël, 1995-03

MAME
149 F, 303 p.

Prolongement d'une thèse de Médecine qui reçut en 1989 le prix d'éthique Maurice Rapin, écrit en préparation d'une thèse de philosophie à la Sorbonne, Souffrance et dignité humaine aborde le problème épineux des malades en fin de vie et du sens de la souffrance (dans une époque de grand désarroi, où la mort et la souffrance de fin de vie n'ont jamais été aussi redoutées et exclues de la conscience des bien-portants, et qui se manifeste par une réclamation désordonnée de l'euthanasie sous l'argument de la compassion, coexistant avec un intérêt renouvelé pour les soins palliatifs).

Il le fait dans un esprit dynamique, alerte, volontairement lucide mais aussi porteur d'espérance, dans un style qui ne condamne jamais mais appelle sans regret au dépassement.

Mikaël Schattner n'élude pas la mort et la déchéance physique, psychique, morale. Elle force notre regard à la dépasser. Et pour y parvenir, elle nous force d'abord à abandonner les racines philosophiques et culturelles réductrices qui limitent notre compréhension de l'homme et empêchent la médecine actuelle de remplir son rôle. S'appuyant sur la philosophie thomiste, Mikaël Schattner nous conduit à travers un exercice éprouvant mais libérateur pour secouer les réductionismes (notamment le positivisme) dans lesquelles nous nous sommes nous-mêmes enfermés par des théories déconnectées du réel (Descartes).

Elle propose un ré-investissemnt de l'activité humaine dans le champ de la philosophie - une philosophie basée cette fois sur l'observation du réel - qui permette à la médecine d'appréhender de nouveau l'homme dans sa réalité pleinière, dans sa totalité corporelle, psychique et spirituelle.
Le plan du livre en respecte lui-même rigoureusement le principe : partant du réel, par un aperçu clinique de la maladie et de la souffrance (illustrées par les cas vécus par quatre grands malades et abordées dans leurs dimensions physiques, psychologiques, familiales, sociales et spirituelles, tant du coté du malade que du coté de la famille et des soignants), Mikaël Schattner élabore (ou réaffirme, en s'appuyant sur l'éclairage apporté au cours des siècles par les divers courants de pensées occidentaux) une conception philosophique de la dignité humaine dont elle déduit, dans une troisième et dernière phase de sa réflexion, les applications pratiques.

Observation du réel (chapitre I), synthèse dans une vision philosophique de l'homme (chapitre II), et retour au réel dans l'application pratique de cette vision : le second point d'inflexion se situe à la page 215, où l'auteur aborde brièvement des questions d'orientations politiques (au sens premier de "vie de la cité") dans les champs connexes de l'éthique médicale, notamment la procréation médicalement assistée, le statut civil du corps humain et le rôle pédagogique de la loi.

Mais c'est bien dans le chapitre III (p. 226) qu'elle développe pleinement les conséquences pratiques de sa vision de l'homme dans le domaine de l'accompagnement des malades en fin de vie, sans crainte d'affronter à découvert les pratiques "que la dignité humaine réfute" (acharnement thérapeutique, euthanasie) et ceux "que la dignité humaine réclame" (soulagement de la douleur physique, problème de l'expérimentation à visée thérapeutique). Mikaël Schattner expose clairement les limites des soins palliatifs, qui ne constituent pas une fin en soi ("Ainsi le mouvement en faveur des soins palliatifs doit-il veiller à ne pas tomber lui-même dans l'erreur de se proposer comme une solution au problème de la mort dans la société aujourd'hui. Ni l'euthanasie ni l'accompagnement des malades ne sont des solutions à la condition tragique de l'homme, mais seulement des moyens [l'un acceptable, l'autre non] pour permettre d'assumer humainement ce tragique" (p. 260)).

Les titres sont clairs et explicites, le plan rigoureux, la pensée sûre, le langage respectueux de l'homme et du mystère de la souffrance et de la mort. L'approche est philosophique avant tout, la question du "regard de la théologie chrétienne sur la souffrance" étant restreint à une post-face d'une vingtaine de pages, sous la plume de Marie-Dominique Philippe (Mikaël Schattner est membre de la communauté Saint-Jean).

L'ensemble constitue une contribution majeure pour ceux qui sont appelés à cottoyer les mourants ou les grands souffrants, pour ceux qui sont appelés à légiférer dans ces domaines, et pour l'ensemble du mouvement pour le respect de la vie, non seulement dans le combat contre l'euthanasie, mais aussi pour un effort d'approfondissement philosophique et l'apprentissage d'une méthode (observation -> conceptualisation -> conséquences pour l'action) qui devrait permettre d'éviter quelques erreurs tactiques. Plus directement, quelques remarques sur l'embryon et l'avortement émaillent l'exposé
:
- l'une (p. 130) sur la "personnalité potentielle" de l'embryon, réconciliant ce concept avec la pensée philosophique et théologique traditionnelle de l'Eglise catholique et le respect inconditionnel de la vie de l'embryon (puisque l'existence n'est pas autre chose que l'actualisation de ce qui existe déjà en nous à l'état latent - "homme, devient ce que tu es") ;
- l'autre (p. 221) sur l'avortement, vigoureusement récusé ;
- une troisième (p. 218) où Mikaël Schattner propose très à propos de substituer à la définition actuelle de la santé par l'OMS comme un "bien-être", celle d'"harmonie psycho-physique, une disposition - c'està- dire un conditionnement - favorable à l'épanouissement de l'homme selon sa fin" où "le bien-être serait plutôt le fruit de cet accomplissement".
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