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RU 486 - Misconceptions, myths and Morals

Janice G Raymond, Rénate Klein, Lynette J. Dumble, 1991

Institute of Women and Technology, MIT, Cambridge, MA, USA
152 p $10.95

Parce que les associations du droit à la vie ont été les premières à remettre en cause les déclarations d'inocuité le concernant, Etienne-Emile Baulieu, promoteur, et Roussel-Uclaf, fabricant du RU486, ont eu facile de le décrire comme un abortif miracle et d'essuyer d'un revers de manche les critiques médicales en les désignant comme épouvantails agités par le mouvement pro-vie.

Par le fait même, les mouvements pro-avortement, qui auraient dû s'inquiéter de la santé des femmes qu'ils sont sensés représenter - mais n'est-ce pas une preuve supplémentaire que l'avortement n'a rien à voir avec la promotion de la femme - ont bu comme petit lait le discours rassurant d'une firme capitaliste dont le but n'est pas humanitaire, mais bien lucratif.

C'est la raison pour laquelle deux américaines et une australienne, professeurs d'universités, toutes trois pro-avortement, ont ressenti la nécessité d'exprimer une opinion à la fois pro-avortement et anti-RU 486, basée non sur un refus de l'idéologie même de la méthode, mais sur ses contre-indications médicales.

L'introduction de leur ouvrage parlant d'elle-même, en voici quelques extraits significatifs :

"C'est l'euphorie qui accueillit d'abord l'arrivée du RU 486, le nouvel abortif chimique. Présenté comme une réussite scientifique remarquable et une substance miraculeuse, louanges et applaudissements l'ont consacré "pilule magique" de la décennie.

En avril 1991, pourtant, la "pilule magique" a tué sa première victime connue. (...)

L'introduction du RU 486/PG [PG = Prostaglandines] survient alors que l'intégrisme anti-avortement gagne du terrain. (...) En 1989, la cour suprême, à tendance conservatrice, a laissé aux Etats le droit de limiter et réguler l'avortement dans leurs juridictions. On dit que les groupes anti-avortement sont responsables de la suppression temporaire du RU 486 du marché français par son fabricant en 1988. (...) Depuis, les mouvements anti-avortement ont combattu activement sa mise sur le marché des autres pays, y compris pour des usages non-abortifs. Toute la littérature féministe promouvant la distribution du RU 486/PG aux Etats-Unis fait appel aux citoyens pour combattre ce fascisme anti-avortement. Malheureusement, les objections au RU 486/PG sont venues essentiellement des anti-abortionnistes. Ils ont utilisé les problèmes concernant son inocuité pour faire avancer leur propre campagne contre le droit des femmes à l'avortement. Ils ont soulevé un grand nombre de questions concernant le produit, mais dans une optique qui a enfermé le débat dans un schémas "nous contre eux". Il y a, pourtant, un besoin urgent d'une discussion sérieuse des féministes sur le RU 486/PG, mais pas dans les termes utilisés par les opposants à l'avortement. Ce débat a été maté par les promoteurs de la pilule par l'accusation facile selon laquelle toute femme qui soulève une objection à l'encontre du RU 486/PG fait le jeu de l'extrème droite. Et cependant, une des conquêtes essentielles du féminisme a bien été la reconnaissance du fait que les femmes sont capables de jugement critique indépendant. Les femmes ont droit à l'avortement sûr et efficace, mais elles ont aussi le droit de poser la question si le RU 486/PG répond à ce droit.

Ce rapport remet en cause la promotion sans faille du RU 486/PG par les groupes féministes.

(...)

Nous partageons le sentiment guerrier de beaucoup de femmes, étant donné les victoires des conservateurs contre l'avortement durant les dix dernières années. Nous comprenons aussi la nécessité pour les groupes féministes de se coaliser. Nous ne comprenons pas pourquoi cette combativité s'est si promptement transformée en promotion du RU 486/PG, ni pourquoi la nécessité de former coalition s'est concrétisée par la fusion avec de nombreux organismes du contrôle des naissances qui ont un long passif de promotion de substances, d'outils et de politiques dangereuses pour les femmes.
Nous croyons qu'il y a un pressant besoin de recherche, d'analyse et de discussion sur le RU 486/PG, qui soie menés indépendamment par des féministes qui n'acceptent pas sans un oeil critique les propres conclusions du fabricant. Jusqu'à ce jour, la plupart des réactions positives au RU 486/PG sont nées à la lecture de ces conclusions. Ce rapport est aussi une revue et une analyse de centaines d'articles médicaux et scientifiques sur le RU 486/PG, dont une large part est en connexion avec Roussel-Uclaf et qui ne fait que réitérer les conclusions de Roussel-Uclaf.

Les principales affirmations concernant le RU 486/PG doivent être réexaminées de fond en comble, telle que l'affirmation selon laquelle il privatiserait l'avortement, et celle diffusée par le fabricant selon laquelle le produit serait un moyen d'avortement sûr, inoffensif, privé, et contrôlé par la femme.

(...)

Nous montrons qu'étant donné le biais médiatique et le manque de recherches indépendantes sur le RU 486/PG, la plupart des femmes qui l'utilisent ne sont pas informées de ce qu'elles font et que, dans ces conditions, le "consentement éclairé" n'a aucun sens. En plus de l'avortement, le RU 486 est vanté pour son action possible dans le traitement du cancer du sein, des méningiomes, des glaucomes, pour la dilatation du col de l'utérus à l'accouchement (évitant la césarienne), et même le traitement du cancer de la prostate chez les hommes. Pour quiconque est familier de l'histoire des technologies et molécules utilisées chez les femmes, telle le diethylstillbestrol (DES) ou les thérapie de substitution hormonale, ces affirmations thérapeutiques ont un air trop beau pour être vrai de promesses qui se révèlent des désastres. Combien de fois les femmes se sont-elles entendues dire que telle ou telle substance allait les sauver d'elles-mêmes ?

La promotion médiatique du RU 486 a été conçue pour susciter l'attente du produit par le public. La plus grosse partie de la couverture de presse - générale et féministe - l'ont traitée comme la substance gynécologique révolutionnaire du siècle. Qui plus est, la promesse de recherches et de traitement par le RU 486/PG a permis de désigner un ennemi commun du droit des femmes et de la recherche scientifique : "la santé des femmes et la liberté de la recherche sont toutes deux sacrifiés par le fait que les extrémistes anti-avortement ont réussi jusqu'à ce jour à empêcher la production et la distribution du RU 486 [en Amérique]", commentait un journal.

Ce rapport est une réponse professionnelle et féministe à beaucoup de questions soulevées par la procédure de recherche et de développement du RU 486/PG.(...)

Nous examinons ensuite le produit dans sa nature. Que savons-nous de la façon dont il fonctionne réellement, non seulement par rapport au cycle de la reproduction mais aussi dans son impact sur les autres organes du corps. Qu'en est-il des effets à long terme sur la fertilité des femmes ? (...)

Nous étudions pourquoi beaucoup d'effets indésirables ont été minimisés, et la méthode employée pour les minimiser. Par exemple, pourquoi une douleur accrue est de moins en moins présentée comme un problème pour la femme. (...)

Les intérêts, la santé et la sécurité des femmes ne peuvent pas être assurés en éludant ces questions. Aussi mauvais que puisse être le climat aux Etats-Unis et dans d'autres pays en ce qui concerne le droit des femmes à l'avortement, nous ne pouvons pas accepter que ce climat dicte une acceptation aveugle d'un traitement qui n'a pas fait l'objet d'une enquête critique dans une perspective non-alignée, c'est-à-dire dans une perspectives indépendante des intérêts des chercheurs, des firmes pharmaceutiques, et des organisations du contrôle des naissances."

On l'aura compris, RU 486, Misconceptions, Myths and Morals n'est pas un ouvrage contre l'avortement. Ses auteurs souhaitent même, dans leur conclusion, que les méthodes habituelles d'avortement soient enseignées plus largement et au-delà du cercle médical - ce qui montre d'ailleurs une incohérence de pensée, tant sont également dangereuses ces méthodes.

Mais ce que cet ouvrage fait - démontrer scientifiquement, références à l'appui, que le RU 486/PG est une impasse médicale, un échec conceptuel, et un danger pour les femmes, utilisées, notamment en France, comme cobaye dans une gigantesque expérimentation in vivo dont plus de 100 000 femmes non-informées ont fait les frais, cela, l'ouvrage de Raymond, Klein et Dumble le fait à merveille.

La conclusion est d'ailleurs sans appel : "Au point où nous en sommes, nous ne pouvons que nous demander combien encore de risques médicaux vont être découverts avant que l'avortement par RU 486/PG soit abandonné, au pire comme une erreure conceptuelle, au mieux comme un mythe".

Un document historique et essentiel pour le mouvement pro-vie.

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