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Liquid Life - Abortion and Buddhism in Japan |
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LAFLEUR William R., 1992Princeton University Press, New Jersey, USA257 p |
William R. Lafleur est professeur de Japonais à l'Université de Pennsylvanie, et a publié plusieurs ouvrages sur le bouddhisme. Liquide Life, rédigé avec la méthodologie rigoureuse d'une thèse, mais avec un style abordable, a pour sujet la perception de l'avortement dans la société nippone, et pour double objet de favoriser d’une part une meilleure connaissance américaine de la société japonaise, et de discerner d’autre part ce qui dans cette civilisation peut être utile à la première dans le contexte de la bataille actuelle autour de l'avortement. L'ouvrage est découpé en trois grosses unités de volumes similaires mais d'intérêts inégaux. La première intitulée "Concepts originaux", présente, en tant que fait, le culte actuel des Mizuko Jizô, ces statuettes mi-moine bouddhiste, mi-enfant, que les femmes ayant avorté vénèrent au nom de leurs enfants qui ne verront jamais le jour. Particulièrement intéressante pour un néophyte est l'explication bouddhiste de la notion de mizuko, signifiant littéralement "enfant de l'eau", donnée aux enfants-à-naître décédés soit lors d'une fausse-couche, soit lors d'un avortement provoqué. L'auteur explore l'une après l'autre les acceptations religieuses et culturelles de ce mot, dont l'idée-clé que l'on pourrait retenir est la suivante : dans la tradition bouddhiste japonaise, l'être humain adulte, qui n'a pas d'âme propre, n'est que la "solidification" de la vie; solidification qu'il acquiert par palliers jusqu'à l'âge de 15 ans, et qu'il perd progressivement dans la vieillesse et même quelque temps après sa mort, où il retourne alors dans une sorte d'état liquide pour se réincarner par un nouveau cycle de "solidification - liquéfaction" (jusqu'à atteindre, au terme de sa course et selon ses mérites, l'état de “Bouddha”). Dans cette vision de l'humanité, l'avortement d'un enfant apparaît comme une interruption forcée du processus de "solidification" de l'enfant qui, n'étant pas encore pleinement "solidifié", est capable de retourner à l'état antérieur dans l'attente d'une nouvelle réincarnation. La seconde partie de l'ouvrage est consacrée à l'évolution historique de la pratique de l'avortement et de sa perception au cours du temps dans le pays, depuis le moyen-âge japonais. La troisème partie est consacrée aux questions d'actualité suscitées au Japon même par l'avortement et par les rites s'y rattachant. Malgré un travail remarquable d'anthropologie et de recherche documentaire, avec plus de 200 références bibliographiques anciennes ou contemporaines, ce qui aurait pu être un ouvrage de référence dégénère graduellement par une connivence puis une propagande ouverte en faveur de l'avortement légal. La seconde partie de l'ouvrage procède d'une vision malthusienne affichée, tandis que la troisième partie accepte et duplique l'assimilation des mouvements japonais pro-vie aux mouvements nationalistes d'extrême droite, après quoi il est facile à l'auteur de dénigrer ces japonais pour qui la défense de la vie ne serait qu'un prétexte à un natalisme forcené destiné à alimenter en chair à canon les pensées expansionnistes et guerrières du pays. Si l'opinion de l'auteur, favorable à l'avortement, doit être prise comme un fait, il est permis de s'étonner qu'un chercheur universitaire se soit laissé entraîner à une caricature aussi simpliste du mouvement pro-vie japonais et ait épousé l'idéologie selon laquelle l'avortement ait été nécessaire au Japon pour juguler une hypothétique surpopulation, ou celle selon laquelle l'abandon de l'infanticide au bénéfice de l'avortement soit un progrès moral. Finalement, l'ouvrage y perd grandement de son intérêt qui ne réside pour l'essentiel que dans le premier tiers de l'ouvrage, où malgré quelques remarques mal venues, l'auteur avait su garder un regard objectif. Un bilan mitigé pour ce volume dont les qualités documentaires justifient l'achat, mais dont les conclusions sont regrettables. D'un anglais accessible ,mais rigoureux, l'ouvrage demande une bonne trentaine d'heures de lecture. |
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