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Avortement et contraception dans la médecine gréco-romaine |
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Marie-Thérèse Fontanille, 1977Laboratoires Searle, Paris233 p |
Quels motifs ont poussé les Laboratoires Searle, fabricants de la première pilule contraceptive, à financer la publication de ce travail d’historien ? Est-ce le catalogue général des recettes abortives de l’Antiquité qu’il recèle ? Toujours est-il que l’ouvrage présente les qualités de tout travail de recherche sérieux : bibliographie exhaustive, index des sources, termes grecs et latins littéraux, notes nombreuses sans gêner la lecture, table des abréviations, table des planches, table des tableaux, index des noms de personnes, index géographique, index rerum, rien ne manque à cette étude de la contraception et de l’avortement à travers les écrits qui nous sont parvenus de l’antiquité grecque et latine. Dans un premier temps, M.T. Fontanille, docteur en histoire, dresse un panorama de la conscience antique face à l’avortement (et, dans une moindre mesure, face à la contraception), par sa place dans la littérature, dans le droit, dans la philosophie et dans la médecine. A noter au passage une analyse intéressante du Serment d’Hippocrate, M.T. Fontanille l’interprétant comme une mesure de sauvegarde de la femme et non de l’enfant (les méthodes abortives de l’époque étant assez redoutable pour la santé et même la vie de la mère), les livres hippocratiques contenant elle-même des descriptions d’avortements incompatibles avec la conception moderne d’un Serment centré sur l’enfant-à-naître. A noter également l’absence chez les antiques d’équivalent sémantique de notre «contraception» : étaient englobée sous la même expression toute méthode visant à empêcher la formation du foetus, supposée à l’époque survenir assez tardivement (jusqu’à plusieurs mois après les rapports sexuels, pour certains auteurs). Il semble donc que les hommes de l’antiquité ont appliqué sans le savoir la notion de contragestion chère au Pr. Baulieu, traitant à pied d’égalité les méthodes contraceptives à proprement parler et les méthodes abortives précoces. Au moins avaient-ils à leur décharge l’ignorance scientifique des mécanismes de la procréation... Dans un second temps, M.T. Fontanille dresse un catalogue de quatre cent treize recettes contraceptives et abortives, plus ou moins complètes, retrouvées dans les textes antiques avec, pour chacune d’elle, l’indication précise, la forme de la prescription et la composition : de la racine de gentiane en pessaire à la graine de coriandre en infusion, en passant par la bile de taureau, l’huile d’iris, et les manoeuvres mécaniques telles que la perforation des membranes embryonnaires à l’aide d’un roseau taillé ou d’une plume d’oie. A partir du catalogue général, l’auteur dresse un catalogue alphabétique de la pharmacopée abortive et contraceptive antique. Dans un troisième temps, M.T. Fontanille s’essaye à une étude sur la fécondité des familles impériales des II° et IV° siècles de notre ère, cherchant à confirmer par des données démographiques les effets stérilisants ou létaux facilement devinables à la lecture des recettes. A l’aide de tableaux généalogiques, l’auteur met en évidence le caractère rare des familles nombreuses, la généralité de l’enfant unique, la fréquence élevée de la stérilité, avec des indices de fécondité n’excédant jamais deux enfants par femme, laissant présumer l’existence de pratiques contraceptives et abortives répandues. A l’exception d’une préface tendancieuse de Robert Etienne, l’ouvrage de M.T. Fontanille, en juste thèse universitaire, ne contient pas en soi de jugement de valeur sur les pratiques décrites. |
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