Logo TransVIE

Accueil
Catalogue

Notices bibliographiques

Simone Veil. Destin

Maurice Szafran, 1994-10

Flammarion
310 p. 120 FF

Ecrit à la veille du 20ème anniversaire de la loi de dépénalisation de l’avortement qui porte son nom, alors qu’elle est de nouveau ministre de la santé du gouvernement Balladur, cet ouvrage sur Simone Veil, née en 1927 d’une famille juive républicaine, n’est rien moins qu’une hagiographie étonnante et peu sérieuse, où l’idéologie prend souvent la pas sur la rigueur historique.

Des récits de l’enfance de Simone Veil, de son séjour dans les camps d’extermination nazis, et de son ascension politique, au ministère de la justice puis au ministère de la santé en 1974, nous ne sommes pas en mesure d’évaluer la rigueur historique, et n’avons aucune raison de la mettre en doute. Le chapitre narrant la légalisation de l’avortement (40 pages sur 300) est, en revanche, un exemple frappant où l’idéologie supplante l’histoire. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que l’auteur gobe sans sourciller et reprend sans gêne l’affirmation absurde selon laquelle avant la loi Veil, «chaque année, un demi-million de françaises, au moins, se font avorter dans la clandestinité» (p. 188) et même un peu plus loin, citant le Nouvel-Observateur, toujours sans sourciller : «Un million de femmes se font avorter chaque année en France». Les violations narquoises de la loi de 1920 par le MLF, visant à obtenir par la force la légalisation de l’avortement, ne sont pas rappelées, tandis que les opposants à la loi Veil sont décrits soit comme des idiots inconscients, soit comme des antisémites machos. La loi Veil elle-même est présentée comme une loi «modérée, prudente» (p. 20)

La thèse développée par Szafran, journaliste, est simpliste et se résume en quelques postulats étonnants :

- le respect des droits de l’homme - et partant l’histoire de la civilisation - commence avec leur déclaration, en 1789 ;

- avoir connu l’horreur des camps d’extermination nazis garantit à Simone Veil une infaillibilité totale (on serait tentée de dire «papale», si Szafran ne manifestait pas de surcroît un anti-cléricalisme latent) ;

- tout opposant de la loi sur l’avortement est un antisémite qui s’ignore.

De deux choses l’une, ou bien l’auteur fait preuve d’étroitesse d’esprit, ou bien d’esprit partisan.

Tout homme sérieux, et à fortiori tout historien et biographe sérieux, sait que l’on peut avoir vécu des drames humains profonds et commettre tout de même des erreurs politiques, que l’on peut être en désaccord avec une personne sans pour autant la haïr, et que l’on peut notamment être en désaccord avec la politique menée par une femme juive sans pour autant être antisémite et macho.

Ouvrage symptomatique de la dégradation du journalisme d’investigation. Tout au plus en tirera-t-on quelques informations anecdotiques sur les opinions pro-vie ou pro-avortement des personnalités politiques de la décennie 70.
Précédente - Fiche 204 - Suivante


© TransVIE - Tous droits réservés - Transvie • Nous contacter