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Notices bibliographiques

Hippocrate

Jacques Jouanna, 1993

Fayard
648 p., 170 FF

On a fait dire à Hippocrate plus qu’il n’a dit. Si le personnage a réellement existé, bon nombre des 62 traités qui lui sont attribués ont en fait été écrits par ses disciples, réunis dans ce qu’il est convenu d’appeler l’école hippocratique. Le fameux serment a-t-il été écrit par le maître, ou n’était-ce pas plutôt un serment déjà couramment utilisé avant son ascension dans la médecine ? Qu’Hippocrate ait écrit le serment ou pas importe peu, en fait, car il a bel et bien été le premier a ordonner et transmettre les bases d’une médecine nouvelle qui prévaudra jusqu’au XVIII° siècle de notre ère. Dans son ouvrage, Jacques Jouanna nous ressitue le célèbre médecin dans son époque, ne manquant aucune occasion de souligner ce qui dans la somme hippocratique était novateur pour son temps, et ce qui ne l’était pas. Après avoir fait part des incertitudes concernant l’origine des textes attribués à Hippocrate, Jouanna nous plonge dans la médecine grecque, dans ses relations avec la mythologie ou la philosophie de l’époque, nous expose le triptyque maladie/malade/médecin tel qu’on le concevait alors, la place du médecin dans la société antique, et jusqu’à la place des décoctions d’orges (racine étymologique du mot «tisane») dans la diététique grecque.

L’écriture de Jouanna se rapproche du commentaire, l’ouvrage étant truffé d’extraits choisis rendus dans un français contemporain directement accessible. Pour illustrer les rapports de la philosophie et de la médecine, l’auteur choisit l’embryologie hippocratique, montrant au passage que les premiers textes connus concernant l’enfant-à-naître ne datent pas d’Aristote, comme on le croit souvent, mais d’Hippocrate.

Pour l’anecdote on découvre avec étonnement (à la page 248) que les principes gynécologiques qui sont à la base de la méthode des docteurs Billings : humidité = fertilité, sécheresse = infécondité étaient connus de l’école hippocratique, 500 ans avant notre ère, bien longtemps avant leur redécouverte par le époux Billings. Le détail a échappé à Jouanna, mais le texte grec ne fait aucun doute quant à la connaissance du principe humidité/sécheresse, même si l’explication (rétention de la semence) qu’en donnait le médecin grec (qui très certainement ne connaissait pas la glaire cervicale) n’était pas la bonne. Pour bien apprécier le passage, il faut se souvenir que la difficulté de l’époque n’était pas d’empêcher la venue d’un enfant, mais de faire enfanter des femmes qui avaient des difficultés à concevoir :

« Si la femme a reconnu qu’elle a retenu la semence, elle ne doit pas aller auprès de son mari dans un premier temps, mais se tenir tranquille. (...) Si en revanche, la matrice rend la semence le même jour, elle sera mouillée ; et si elle est mouillée, qu’elle s’unisse de nouveau à son mari jusqu’à ce qu’elle retienne la semence. [C’est ainsi qu’elle concevra]». Depuis les (re)découvertes des Billings, on sait qu’un couple qui respecterait ces conseils donnés voici 25 siècles accroîtrait nettement ses chances de concevoir.

L’ouvrage, jamais ennuyeux, comporte plusieurs annexes parmi lesquelles la version exacte et complète du Serment, le résumé des 62 traités hippocratiques, une volumineuse bibliographie, un index des noms propres et un index des notions. L’auteur est professeur de littérature et civilisation grecques à la Sorbonne et directeur de l’Unité de recherche sur la médecine grecque au CNRS.
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