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Ethique : La responsabilité (II) Questions de principes |
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, 1993Editions UniversitairesEthique n° 9, 1993/3 |
La revue Ethique continue de nous enrichir de réflexions fort sérieuses sur les problèmes moraux de notre temps, et plus précisément sur les problèmes éthiques médicaux. Dans le n°9, la revue poursuit son étude, entreprise avec la pécédente édition, du thème de la responsabilité. A cette occasion, elle publie un texte de Jacques Morissette, philosophe québecois, qui mérite le détour. Analysant la situation juridique de l’avortement au Canada, cet homme, qui prétend démontrer que l’avortement peut être légitime dans certains cas (sa démonstration selon laquelle le foetus ne devient une personne qu’au moment où il développe une vie psychique ne convaincra personne), cherche à prouver que cette légitimité n’est pas incompatible avec un statut de l’enfant-à-naître. La démarche n’est pas nouvelle : bien des partisans de l’avortement (et Jacques Morissette en est un, même s’il n’est pas un partisan de l’avortement-sur-demande) se sont comme lui rendu compte que feindre d’ignorer ce qu’est l’enfant-à-naître conduisait à une impasse. En ce sens, son article est représentatif d’un nouveau discours émergeant dans les milieux pro-avortement qui, face à l’évidence apportée par la science médicale ces dernières années, ont remplacé le slogan primaire «l’embryon n’est qu’un amas de cellules» par un argument plus évolué - mais tout aussi biaisé, qui peut se résumer ainsi : «d’accord, l’embryon, n’est pas qu’un amas de cellule.s Mais ça ne lui donne pas le droit de s’imposer à la mère contre son gré». A la différence du premier, cet argument, s’il est plus pernicieux et difficile à contrer pour les partisans de la vie, exige également de ses auteurs un effort philosophique plus soutenu. Le présent article l’illustre bien : loin d’asseoir sur ses bases une pyramide à l’épreuve du temps, Jacques Morissette donne l’impression de raccommoder un chateau de cartes chancelant. Sa justification de l’avortement s’appuyant sur le fait que dans la société la reconnaissance du droit à la vie n’impose pas l’obligation d’assurer à ses dépens la survie d’une autre individu est proprement absurde. Elle feint d’oublier le principe de responsabilité auquel la revue Ethique dans laquelle s’inscrit l’article s’intéresse précisément. S’il est vrai qu’aucun n’est tenu - par la loi civile, du moins - de se sacrifier pour qu’un inconnu vive, il n’en va pas de même vis-à-vis d’une personne envers laquelle on a contracté une responsabilité. L’époux ayant légalement contracté mariage est tenu d’assurer l’alimentation de sa femme, quoiqu’il lui en coûte. L’entrepreneur malchanceux doit rembourser les dettes qu’il a légalement contractées. Finalement, la construction philosophique de Morissette tient en équilibre instable sur un postulat inadmissible, selon lequelaucune responsabilité ne se rattacherait à l’exercice des fonctions génitales*. Or, quoiqu’en pense notre philosophe, l’enfant-à-naître ne s’impose pas à la femme comme un inconnu qui viendrait frapper à sa porte. En entreprenant la relation sexuelle qui l’a conçu, la femme a contracté une responsabilité que Morissette oublie. Sa démonstration ne prouve finalement qu’une chose, le fait que la femme ne soit pas tenue - par la loi civile, du moins - de faire l’impossible pour sauver la vie de l’enfant-à-naître de sa voisine. On s’en doutait, quoique le devoir d’assistance à personne en danger ne soit pas aussi étranger au droit moderne qu'on veut nous le faire croire. Mais il reste à démontrer qu’elle ne soit pas tenue de faire l’impossible pour sauver la vie d’un enfant-à-naître conçu d’un acte personnel qu’elle a sciemment consenti. Que dirait Morissette d’un homme qui a librement contracté dettes mais refuse de régler ses échéances ? ? |
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